Contre courant de pensée

Il est a ce jour clairement établi que mon milieu naturel c’est le chaos et la confusion plus que l’ordre et la mesure. Que mes priorités ne sont pas celles de tout un chacun, sans parler du rythme ou du mode de fonctionnement (si on parle de modes la collection 2022 c’est sûrement la Jeremy Scott du comportement!)… mais finalement en quoi ce serait grave tout ça? Ça va nuire à qui au fond? Je crois même pas avoir envie de lutter contre ça.

C’est une question que je ne m’étais jamais posée jusqu’à ces dernières années. J’ai bien profité de ma cape d’invisibilité de fausse normalité et de suffisamment peu d’interactions avec d’autres humains pour vivre mon atypicité bien cachée du jugement ou des yeux des autres. Y compris des miens sûrement. Les intimes voyaient peut être un peu des trucs chelou, les instits sûrement aussi à travers les gamins, mais sinon bon, j’étais là quand il fallait, j’assistais aux réunions, je me rebellais pas à deux balles contre le système.

Déjà car le système je m’en fous, j’ai jamais été dedans, il me passe bien haut par dessus la tête le système vu que je n’ai aucune intention de m’y greffer. Je ne me sens pas concernée, ou peut être que je n’en ai pas assez conscience. Ou que j’ai construit ma vie de manière à soigneusement l’éviter. Peut être que si j’ouvre trop les yeux sur tout ça j’imploserai. Appelons ça une bulle ou des œillères… ça doit être classe des œillères Jeremy Scott.

Voici des (mes) baskets Jeremy Scott si jamais…

C’est peut être et sûrement un tort de refuser le monde dans toute sa laideur et ses obligations. Mais ça ne se joue pas en ces termes la. Je respecte un minimum les règles, juste assez pour pas me faire emmerder ou remarquer, je surfe au bord de la marge mais je ne suis pas marginale… j’écoute du punk et j’ai un chien mais je ne suis pas un punk à chien. D’ailleurs plutôt crever que de boire de la 8.6. Même la Goudale on est limite.

En fait l’imprévu me galvanise tout autant que je le subis. Déjà quand on est pas organisé il faut bien savoir que même le prévu peut devenir imprévu.

C’est pas compliqué, il suffit de mal noter les rendez vous, de perdre les convocations, d’oublier les dates et plus généralement de naviguer à vue en pensant qu’on oubliera pas tel ou tel truc chiant et debile… alors que fatalement oui on oublie… pour ma part ça revient généralement me percuter en pleine gueule au moment où je m’y attends le moins. De manière imprévue donc. Et souvent pas cool. Même quand c’était prévu. Et que j’aurais pu prévoir. Et que j’avais prévu de pas oublier.

C’est la magie de ce truc…et c’est reproductible à l’infini. La meuf qui apprend jamais quoi…

J’ai pas d’exemples hyper concrets, mais j’ai toujours pensé qu’on est pas vraiment obligés de suivre le mouvement ou les règles tant qu’on reste reglo… que les limites sont là pour jouer avec, que les gamins sont mieux dans un parc ou à la campagne que sur une chaise de classe si il fait exceptionnellement beau, et qu’ils en tireront plus de bénéfices… Que les petites surprises qui rendent la vie chouette elles peuvent légitimement se prendre sur les moments scolaires ou professionnels, et que l’émerveillement, s’il est improvisé n’en a que plus de valeur. S’autoriser à déborder ou à dévier… ou même à changer (ooooouh!) …tant qu’on ne fait pas de mal et qu’on se fait du mieux…. Surtout dans un monde qui tend vers le pire.

Inversement on peut avoir “prévu” tout un tas de joyeusetés relatives au monde fascinant des gens responsables et se laisser (em)porter par une conversation caffeinee au comptoir, un rayon de soleil qui nous amène sur un quai de gare, un film à voir absolument ou un flan à goûter de l’autre côté de la ville… et dans la balance efficacité/hédonisme (à petit prix) je sais qui est en plume et qui est en plomb… et dans ce cas précis c’est le plomb qui donne des ailes.

Par contre le vrai prix de cette vie là, de ce manque de structure ou d’ingrédient mystère qui viendrait à manquer dans la chimie de mon cerveau ou de boulon mal vissé dans mes mécanismes, il se mesure pas tellement à la journée. Ce serait trop simple et ça ne rendrait pas justice à l’ampleur du phénomène.

C’est certes un peu super de pas savoir ce que tu vas faire chaque jour ni à quel degré tu vas dérailler de ta trajectoire et te surprendre toi même… (ou t’auto-gaver)… mais les vrais savent que c’est quand tu peux pas te projeter à 3 mois ou à 3 semaines qu’on tient un truc un peu sérieux. En termes de fun ou de pathologie, ça dépend de quel côté du divan on se trouve en fait. Moi le divan je saute dessus à pieds joints et puis bon après je pleure quand je tombe.

Ce manque de projection c’est quand même un truc que je vis quand même assez (trop?) régulièrement… “Ne pas savoir où je serai dans 3 mois”… est ce qu’on parle de psychisme, de géographie, de moral ou de relations? Est ce que se laisser porter c’est considéré comme un pouvoir décisionnel ou comme tout le contraire? Ca se tranche comment? C’est quoi ma part de responsabilité la dedans? Est ce que c’est un manque ou un excès de confiance en soi? Va savoir… mais même si on aime les surprises ça peut être fatigant.

C’est pas faute d’analyser et de cogiter… j’ai beau me retrouver avec un kaléidoscope incroyable d’issues possibles et de stratagèmes de résolution (je continue très naïvement à croire au concept de solutions aux problèmes), trop de questions ça court circuite le cerveau. Et ça force le lâcher prise… un AVC décisionnel en quelque sorte. Quand t’as pas trop de limites et que l’inconnu fait pas plus peur que le quotidien (voir plus haut) ça ouvre des perspectives. Trop de choix tue le choix, alors on s’en remet à ses tripes au lieu d’intellectualiser… Reste le problème de l’ambivalence de ma tripaille. J’ai l’abat notoirement giratoire.

Toutes ces tergiversations ne sont néanmoins que du folklore vu que je reste un tas de viande pas ultra fraiche régi par des impulsions électriques émotionnelles… et à l’échelle de ma vie on ne peut qu’admirer le résultat. C’est plus la demeure du chaos que La Chapelle Sixtine… mais ouais il en faut pour tous les goûts et ici pas besoin de tenue correcte pour visiter.

Pourtant c’est la FAQ permanente dans ma tronche, je m’en fatigue de mes questions, de celles que je ressasse autour de bières ou de cafés quand j’arrive publiquement (et parfois repetitivement) a les soumettre à mes potes (dans leur immense bienveillance et patience), celles qui me tiennent éveillée la nuit, celles dont je crains les réponses et celles que je n’arrive pas à formuler car je sais déjà que je vais pas aimer les réponses…

Les putain de réponses… celles qui nous surprennent, celles qui font sourire ou réfléchir, celles qu’on attendait pas ou plus, les fulgurances dans l’effort, les épiphanies en altitude… et puis les réponses qu’on croit pas mériter, quand on constate que les gens qu’on aime sont toujours au poste malgré la merditude passagère ou structurelle et qui font taire d’elles même les questions les plus dures à se poser.

Il est vraiment super ce blog qui devait parler de concerts et de rando.

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