Le jet lag et moi c’est une lutte à mort. J’arrive désormais à avoir des soirées qui dépassent les horaires d’EHPAD mais je me lève de plus en plus tôt… enfin je me lève, façon de parler, je reste sous ce que la Z me laisse de couette et je zone en ligne.
Donc ce matin je me lève presque discrètement…
Je m’habille à tâtons, je prends les trucs essentiels, un sac à dos rempli de BD, des écouteurs… mes stickers, ma colle et mon pinceau… Je pense même a prendre mes nouveaux gants (du coup j’en ai 3), je marche 30 minutes sous la neige, dans le froid et la nuit le long d’une route avec des gros buildings et des deneigeurs blasés…j’ai pas froid, je souris car je marche à mon rythme, qu’il n’y a personne et que j’écoute feu ce brave Terry Hall et sa cordiale dépression.
J’arrive à la station Shell en rêvant d’un jus d’orange et d’une banane (ouais j’ai le matin exotique quand il neige) et la je me rends compte que non seulement elle est fermée (pas si grave) mais que j’ai oublie mon portefeuille. Mon portefeuille de substitution prêté par E, avec la carte de crédit que C Met à ma disposition. Purée mais comme je me fatigue… c’est un truc de dingue!

Je sais même pas si il est oublié ou perdu, si il est resté dans une poche ou dans la bagnole… tout ce que je sais c’est que ça va être encore bien galère. Mais bienvenue dans mon quotidien.
Mon « chauffeur » Alain arrive. Il a un accent mi créole mi quebequois c’est assez intéressant. Comme de boire du rhum arrangé en faisant des raquettes. Je m’assois comme d’hab à la place du fond sur la deuxième banquette arrière, nous sommes 5 passagers et personne ne parle. Franchement ça me va bien vu qu’il est 7 h du mat que cette histoire de portefeuille m’a saoulé (après un gros fou rire nerveux sous la neige). Alain a mis du zouk enflamme que j’entends loin derrière mes écouteurs… ce serait cool si j’arrivais à dormir un chouïa mais je commence à soupçonner mon animal totem d’être un insecte hyperactif et pas forcément utile. Genre le truc qui dort jamais mais sans but particulier.
Bref… au retour d’une pause « salle de bains » je remonte dans le char pour découvrir qu’il y a un chihuahua qui dépasse du sac de mon voisin. L’animal s’appelle redbull ce qui me fait glousser. Il est tout pourri et il a pas l’air tout jeune…il a plus une tête à s’appeler verveine miel ou pastille valda mais bon…
Alain nous annonce qu’on arrive dans 1h et monte le son du zouk. Naturellement je ne ferme pas l’œil alors que je suis éclatée de fatigue.
J’oscille entre l’hilarité hystérique discrète et l’indifférence blasée…et surtout je sens poindre une grosse migraine. C’est pas super étonnant vu que je pense être en état de déshydratation avancée. Un calcul rapide des apports liquides des dernières 24 h indiqué qu’il y a eu un café froid de la veille, l’incroyable breuvage aux légumes verts, un fond de vin rouge, un café allongé et une bière… pas d’eau. Oops I did it again. Mon cerveau doit ressembler à un raisin sec qui pulse.
J’essaie de ne pas visualiser mes reins, ni une éventuelle pyelo néphrite…même si tous les éléments sont réunis (stress, ma mère, oublier de m’arroser les organes) …allez Caro ça va bien se passer… dirige toi vers la bouteille d’eau plate la plus proche sans faire de mouvements brusques.
Arrivée à Montréal et le quartier est un peu glauque mais je me fais immédiatement des amis SDF et crackers (un mec qui a le froc aux genoux vomit un truc blanc à côté de mes pieds) attirés par la luminosité de ma doudoune arc en ciel. On veut me revendre des affaires de ski à prix cassé mais bon, j’ai pas une piastre. Et je vais pas assez au ski.
En attendant monsieur S, l’aindinois le plus célèbre outre atlantique, je me les meule un peu et je rentre me réchauffer dans une librairie. Au rayon « marque ta page » je tombe sur une pépite, puis 2, puis 3… je me pique un fou rire toute seule dans le rayon, le vigile n’a pas vraiment de modus operandi pour ça…je le sens perplexe du coup je lui rends service et je me sors toute seule.
Le reste de la journée et de la soirée très tardive sera consacré à des retrouvailles déambulatoires super happy, sous la neige qui tombe dru, entrecoupées de cafés, dumplings, café, gâteaux, huîtres, redéfinition des frontières du département de l’Ain pour les gens pour qui c’est pas clair, bières, poulet au pop corn et encore bière… 3 ans et des patates d’histoires de vies et d’anecdotes à rattraper, d’avis sur des BD plus ou moins obscures, sans parler du stock de blagues qui s’est accumulé… même si ma super charade sur l’aigle noir était arrivée au Canada avant moi.
Je m’efforce (et on me rappelle) de boire plein d’eau aussi même si c’est pas la boisson que je préfère.














Ce matin, après un café maison dans une tasse d’exception je suis dans la rue, mon dirty chai en main. J’ai tombé là doudoune et le bonnet car il fait étonnamment « chaud » et je souris, et aussi je sanglote « un peu » dans la manche de mon pull (je sais pas si je l’ai déjà dit mais pleurer et rire en même temps c’est un de mes plus grands talents). Car des fois les chouettes gens habitent trop loin et c’est à la fois super beau de se connaître et super triste de pas pouvoir se voir plus. Et la clairement ce matin c’est ça. Une jolie euphostalgie et beaucoup d’émotion(s).


Je repars avec un sac à dos plein de jolies goodies littéraires…et une dédicace pour la Z. elle va être refaite.

En revenant à Jarry, je m’étais donné pour mission de retrouver un breuvage extraordinaire goûté il y a 3 ans. Une boisson pétillante et alcoolisée à base de fromage de chèvre et de miel. Décrit comme ça, ça semble pas ouf mais c’était génial. Inutile de dire que je ne l’ai pas retrouvée et que les gens à qui j’ai demandé m’ont à moitié prise pour une dingue.
Béotiens! Cette boisson c’est le turfu.

Je déambule sans autre but que de marcher, ouvrir grand les yeux et écouter Terry Hall, j’adore cette ville. Je suis super contente.
Il y a du street art PARTOUT, c’est bien simple on se croirait à Tenay, « l’autre capitale du street art ». Sauf qu’à Tenay tu n’as pas du sludge de neige fondue qui t’arrive aux chevilles, ni de cafés ouverts…



























Je tombe par hasard sur un magasin de bd d’occase, avec des pépites de nostalgie… je me choisis des thématiques pertinentes ainsi qu’une bd locale pour me cultiver un peu…un micro Baudoin aussi car ça reste un de mes auteurs de Bd préférés.

Je marche encore pour rejoindre le centre, c’est cool…je vais choper un torticolis à force de regarder partout pour rien louper.












Le temps passe vite, je retourne m’enfiler un autre dirty chai et un carré aux dattes dans un café du quartier gay qui feront office de petit dej et de repas de midi, et je repars rencontrer Yassine, le « popparide » qui va me ramener à Québec pour 30 dollars.
Autant l’aller j’étais peinarde, autant la je pressens que ça va pas être la même car je partage ma banquette avec R. Un jeune chinois-de-Chine de 19 piges, assez exalté, qui pose 3000 questions à la minute et à très envie de tailler la bavette. Au se-cours! (Mais comme il me dit que je ne fais pas du tout mon âge je l’aime déjà).
Devant moi un couple de rasta blancs sont tout love et ça m’énerve, un peu parce qu’on est plus en 1997 et un peu car je suis un chouia jalouse.

Mais bon moi j’ai R qui me dit que j’ai pas l’air d’avoir des enfants (je sais pas comment le prendre). On peut pas tout avoir dans la vie mais un toy-boy de Nanjing ça a l’air possible. Il me dit qu’il adore cuisiner, j’accepte son 06.
Je ferme les yeux dans une douce torpeur avec le soleil qui tape sur la vitre… je me réveille après ce qui semble être 14 secondes car la voiture rebondit sur des congères (ça t’amuse Yassine? Il faut que je prenne le volant?). On est de nouveau a Narnia dans le brouillard et le froid.
Pas de doute la micro vacance dans les vacances est terminée…enfonce ton bonnet sur tes oreilles et reprends tes esprits, il faut remonter sur le ring et dans les bras grand ouverts de la Z qui au vu des 72 vocaux et 55 messages laissés sur mon tel depuis hier a trouvé le temps un peu long.