Pas de doute c’est bien le retour à la vraie vie. Et le gros blues qui va avec.
Le courrier pourri, le taf a relancer, les 3 mois d’admin de retard, les demandes de stage, les questions existentielles, la santé à rafistoler, la pluie (forcément), le fléau de faire les courses pour manger, les devoirs, le rangement… tout ce que j’abhorre et dont je me désintéresse avec passion…tout ce qui me renvoie à un certain type d’incompétence ou de rejet. (Du concret? Du réel? Des contraintes? Du monde des adultes? Des règles? De la routine et de l’ennui?). Bref la gnare..

Heureusement il y a aussi les retrouvailles, les sourires au coin des rues, au dessus des pintes et des cafés, les conversations bruyantes ou calmes, tristes ou joyeuses mais toujours en bonne compagnie, les échanges de conneries et de cadeaux qui font rire, les projets copaines (sushi jeudi, raclette vendredi, fondue samedi…), la musique…et les concerts qui vont reprendre…
Je suis pas entièrement là mais j’y suis un peu quand même.
Et puis il y a quand même l’envie de faire des trucs, plein de trucs…faut juste trouver, prioriser, organiser… action réaction.
Mon corps a envie de sûr-bouger après avoir obéi trop longtemps à un rythme trop mou pour lui… mes journées sont longues et speed et mes nuits sont sans sommeil…au lieu de m’autoriser l’écroulement je m’épuise et ça ne suffit toujours pas pour fermer l’œil. Parfois je me demande dans quelle potion je suis tombée quand j’étais petite pour être comme ça. (oh zuteuuuuh on a fait tomber le bébé dans la marmite de cocktail absinthe redbull, ce sera un poète maudit hyperactif romantique toute sa vie…c’est ballot).
Par contre il y a une chose incroyable, le bilan pondéral de ces vacances sous le signe de la junk food est de moins 500g. Poids ressenti +15 kg, mais pas du tout en fait. J’ai 2 théories: soit manger frit, gras et sucré 3 fois par jour c’est excellent pour la ligne, soit fermer sa gueule toute la journée et brûler de rage intérieure c’est calorivore. Il faudrait faire des études plus poussées. Merci de bien vouloir postuler, on va avoir besoin de volontaires.
L’autre bilan c’est que c’était quand même chouette. Même si aujourd’hui, si on me disait qu’on repart tout pareil je suis pas sure de signer…je dois me remettre un peu. Il doit rester des poches de Poutine pas digérées dans des recoins de mes intestins, fossilisées par le sirop d’érable.
Mais c’était bien de voir E. De découvrir sa vie. De prendre (très littéralement) la température de ce qu’il vit. Je pense néanmoins qu’il faut qu’on soit plus présent car l’autonomie et le bien être c’est pas forcément lié…avoir un taf et un appart c’est bien mais il faut mettre de la chaleur et de l’amour et du fun dedans. Alors on va faire ça… même à distance.
C’était intéressant aussi de découvrir un pays sous le signe de la vraie vie, dans un lieu qui n’est ni attractif ni touristique… quelque part c’est une autre réalité. Je ne parle pas au niveau du Québec en tant que région, ni même de la ville de Québec en soi, mais de la zone périurbaine et de ce que ça comporte. Surtout pour C et Z qui ont toujours vécu en centre ville dans le quartier avec le plus de bars par habitants et qui ont tout à portée de cerveau et de pieds. Ça les prépare peut être à un quelconque déménagement futur dans un lieu improbable et aléatoire. Ou à la vie tout court.

Ça pose aussi des questions sur le contentement. Peut être que tout le monde n’a pas besoin tout le temps de tout et plus, mieux, plus fort et plus vite. Je me demande ce qui meut ça. Et à quoi est lié le degré qu’on a de cette faim la.
J’étais surtout contente pour les « petits » (qui me dépassent en taille et en tout). De faire ce grand voyage à un âge où ils s’en rappelleront (même si ils ont de bons souvenirs de la route du rock aux US où ils avaient 6 et 7 ans)… j’ai vu la Z les yeux écarquillés, les explétives à la bouche (tabeeeernak!) et pleine d’envie de découvrir… j’ai aussi vu C s’extraire de sa coquille pour aller se marcopoloïser vers de nouveaux quartiers et de nouvelles expériences (…) et je suis très fière de leur curiosité. Disons qu’elle « m’optimise » pour la suite de leurs vies et de leurs aventures.
Je les ai vus aussi gérer les tensions et la pression familiale avec beaucoup d’humour et d’intelligence. Et souvent plus de maturité que les adultes présents. Ce qui ne leur a pas échappé non plus (« Wesh c’est quoi ces adultes qui font des caprices »).
Niveau famille « du passé » on peut dire que ça s’est mieux passé que prévu mais qu’on est restés dans un schéma classique de mouton noir pour moi. Je vais contextualiser en parlant d’orignal dissident. Mais en fait, quelle que soit mon attitude tout ce que je ferai ou dirai jusqu’à ma mort passera par ce spectre là. Même si je suis reglo, même si je suis polie, même si je m’insurge pas en rebondissant sur chaque connerie commise ou prononcée, et même si je reçois demain le prix Nobel de la paix (on sait pas) on viendra me reprocher ma dureté, ma distance, mon manque de sociabilité et de ne rien faire comme tout le monde. (Ce qui me vaut ironiquement les vrais amis que j’ai aujourd’hui)
Peu importe…comme d’hab ça me passe au dessus.
Mais ça aurait été cool d’avoir une bonne surprise.
Niveau descendants, en ce qui concerne E je l’ai senti un peu triste de ne pas avoir la complicité qu’on a « les collocs » et moi… mais bon, ça se mérite, à coup d’engueulades et de réconciliations, de dérision extrême des situations übermerdiques qu’on a eu à partager tous les trois ces dernières années, et d’un humour constitué de private jokes sur les phénomènes ubuesques ou dramatiques qui font notre quotidien. Faut le vivre. Il y a pas de sessions de rattrapage. Et le diplôme vaut pas grand chose sur le marché du travail.
N’empêche qu’heureusement qu’ils étaient là. Chaque soir en refermant la porte de la chambre qu’on partageait, je me sentais de nouveau moi même et en sécurité. Dans nos petits remparts faits de grosses conneries et des fou rires qui vont avec.
Et quand je les vois interagir avec « le monde » je me dis que ça ira.
Mention spéciale pour la Z, ce casque bleu familial, qui nous a sauvé a tous le voyage avec son humour et sa brillante intelligence situationnelle.

Même si parfois… a d’autres moments, on se dit que c’est pas forcément le pingouin qui glisse le plus loin.

C, greffier de famille, a méticuleusement consigné les perlouses de la z. Sur 14 jours. Que voici.
- Je ressemble a un pneu
- J’ai un ami a Miami (amiamiami)
- Golden showers: c’est des douches avec des shampoings à la camomille
- C’est racistemant gentil
- Tu chiplottes
- Waterplouf
- Mes genou ils croustillent
- Les eloliennes
- Les panneaux ici c’est des victimes ; ARRÊTE, STOP! ARREEEEEEETE!
- Gratin Thundberg
- Des fois je prends prends ton tel et je m’écris a moi même pour faire genre tu m’aimes
- Pour dormir j’écoute les voix dans ma tête qui crient mon nom.
- Malotruit
- Il est a quoi ton cookie ? Avoine ? Jsuis pas un âne wesh!
- J’ai les cheveux endulé
- On dit pas endulé d’huile
- C’est toi la Terre? La boule bleue comme on dit.
- Je suis desastrée
- Aigrise, bah oui, c’est le féminin de aigri
- Chabbat c’est pas des chaussures ?
- Le crépuscule c’est une sorte d’acarien
- Il faut que ça se déchauffe
- Regarde comme je danse comme Britney (Fait un tour sur elle même en se cognant contre le mur )
- Je suis exosperé, c’est un mélange entre exotique et exaspéré, c’est comme exaspéré mais je suis en vacances.
- C’est mon pote de nouvelle cannelloni
Côté shopping on a pas ramené grand chose. C’est même assez risible. Dans le top ten j’ai un distributeur de pez petit poney arc en ciel, des fanions pour mon guidon de vélo, des chaussettes absurdes et une robe vintage à 5 dollars trouvée en friperie. Et bien sûr, ma toque de Davy Crocket. Mais c’est très reposant aussi quand il n’y a pas (trop) de tentations. Surtout quand il n’y a pas trop de budget non plus.

J’avais très envie de ramener un vinyl de Avec pas d’casque mais je n’ai trouvé qu’à hauteur de ce que j’ai cherché. Rien et peu. Dommage.
Sinon oui comme le raconte la légende les canadiens sont globalement fort sympathiques mais pas de quoi en faire des caisses (ou des légendes) non plus.
Oui, il fait froid, mais c’est techniquement tout à fait gerable. (tu le vois le jeu de mot avec Érable?)
La neige et les vrais hivers c’est cool même si ça te force à t’habiller comme une poubelle.
Être habillés comme des poubelles c’est pas la mort.
La bouffe… c’est finalement toi qui choisis… je suis pas proana mais je suis à peu près sûre qu’on est pas obligés de manger tout ce qu’on voit…
Voilà… il y aura peut être un autre bilan mais là c’est pas tout ça, j’ai de la déprime à faire et des larmes à verser, et je dois éplucher des patates. Je peux pas être partout.