J’ai été fortuitement interpelée today par un concept que j’ai trouvé intéressant… en écoutant un podcast sur Christophe roquencourt (mais là n’est pas la question.)
La question concernait le décalage entre nos personnages et nos individus.
Et ça a fait écho… car oui, c’est souvent le grand écart en fait. Le grand jété des personnalités… le chien tête en bas du yoga émotionnel et social…
Et crois que j’en ai marre d’avoir à faire à des personnages. Même si le mien est pas piqué des vers. Mon cheval de Troie social boiteux. Couleurs vives, sourire et paillettes et conneries plus grosses que moi. La légèreté (et la blonditude) en étendard. Caféine et alcool, éclats de rire et petite vie shlago-mondaine de la Guillotière… C’est moi ça? Si ça vous fait plaisir.

C’est vrai que les personnages ils sont cool, ils font de l’esbroufe, tout coule sur eux, ils ont tout compris et ils peuvent se permettre d’avoir des exigences et des cahiers des charges. Les personnages ils kiffent leur vie, ils font des trucs géniaux et ils ont plein d’amis, ils aiment aussi (se) raconter qu’ils ont le choix et qu’ils méritent mieux. Les personnages ça rigole et ça bamboche et ça peut même parfois être un peu auto-imbus…parce que c’est le jeu. Convaincre et se convaincre, et réciproquement. Car l’estime de soi vient trop souvent des regards d’en face et pas de celui de dedans…
Les personnages on peut les admirer et tomber sous leur charme, on peut les croire et y croire. Et même quand ils tombent un peu le masque et se dénigrent ça peut passer pour de la fausse modestie. Alors qu’ils ne font que relever pudiquement un coin du rideau de scène… ça peut passer pour une faiblesse alors que c’est un honneur.

Je crois que je sais de quoi je parle, je suis moi même un personnage, une personna, un vaste rôle de composition. Une grande imposture.
Même si j’avoue, au fil des années on m’a « aidée » à rédiger la partition et écrire le rôle. Nos personnages sont la somme de ce qu’on assume pas d’être et qu’on croit qu’il faut cacher a tout prix (sûrement a tort), de ce qu’on veut projeter, de ce dont on veut se protéger, de qui on aimerait être ou devenir… c’est même pas conscientisé (a moins d’être sociopathe je crois pas qu’on maitrise nos personnages) mais on se glisse dans un costume à démesure, faits des grands moments de nos mythologies personnelles, enjolivé de nos anecdotes et des blessures de guerre qu’on croit cicatrisées, de notre histoire revisitée, de nos « meilleurs avis » human advisors, comme une seconde peau confortable pour avancer en sécurité. Et suffisamment jolie et cool pour plaire, bien évidemment. Car il faut plaire. Être aimable c’est tout l’objet du personnage. Sauf s’il décide de pas l’être mais souvent c’est la aussi un postulat.

C’est comme le maquillage, tout n’est pas mensonge mais pas entièrement vérité non plus.
Les individus c’est autre chose. Les individus c’est le merdier sous les paillettes. Mais ils gagnent cependant à être mieux connus… même si ça vend pas du rêve, au moins on est dans le vrai. Dans le sans filtre. C’est sombre et ça pue, il y a des araignées au plafond et à tout moment ca peut s’écrouler mais ça a le charme fou de l’authentique.
Après moi je dis ça, je sais que j’ai pas les goûts de tout le monde…j’aime dirty sanchez et faites entre l’accuse, je pars vivre au trou du cul du bugey et mon historique amoureux ressemble à une collection de mugshots de faits divers en Floride… donc bon…voilà… ma vie c’est un film comico-tragique. Je suis un happening…que voulez vous, si on peut pas être un artiste, on peut tenter d’être l’art. (Lard… l’hard)

Les individus ( pour revenir au sujet) c’est ceux qui rentrent chez eux (ou qui ont du mal à le faire) et qui contemplent le(ur) vide. Ceux qui scrutent le plafond et le bout de leurs âmes en pleine nuit, ceux qui ont parfois des angoisses aquoibonistes dès l’aube, ceux qui doutent d’eux même avant d’oser douter des autres, et puis qui doutent de ce que les autres peuvent bien leur trouver. Ceux qui, loin de la meute, ne savent plus très bien où ils se situent… ni si ils existent. Ni s’il y a un sens à exister tels qu’ils existent.
Ceux qui ont un sentiment d’imposture ou tentent de tout saboter si on leur montre de l’intérêt mais qui se sentent abandonnés si ça disparaît.

Les individus, ils savent pourtant où ça merde, où ils ont merdé et où ils en rajouteront une couche à la moindre occasion.
Les individus ils pleurent et ne s’en étonnent même plus.
Les individus ils sont pas guéris de leurs blessures d’enfance, ils en gardent les réactions et les émotions, ils connaissent encore bien la peur, l’injustice et la colère…et ils ont besoin qu’on les rassure… mais comme les gamins, ils jouent à cache cache et ils font semblant. Ils peuvent même aller se cacher derrière leurs personnages… C’est bien étudié ce machin…
L’un des problèmes des individus c’est que ça passe moins bien en société. Même dans mes sociétés a moi qui sont plutôt tolérantes, je vous assure que les personnages ça a clairement plus de succès en soirée. C’est plus rigolo. Le pathos c’est pour les nullos. (Sticker).
Les émotions elles ont beau avoir bonne presse dans les grands discours de deconstruction, dans la pratique mieux vaut quand même bien les garder pour soi.
C’est comme les déchets biologiques, c’est pas forcément sale mais ça comporte un danger de contamination…
Mazette que faire de tout ça…
En ce qui me concerne, le lien entre mon personnage et mon individu c’est sûrement les yeux. Encore faut il pouvoir les croiser. Entre évitement, stratégies capillaires, débordement lacrymal ou lunettes de star finalement la frontière arrive à bien se garder. (En plus à Guillotière on vit sous les lacrymo et le pollen donc c’est quand même ultra fastoche d’esquiver).
D’autant plus que mon individu se fout clairement de la gueule de mon personnage, parfois il en a même honte, comme une blague qui serait allée trop loin. Et pourtant… il m’a fallu des années pour quitter ma carapace d’introversion… (et acquérir cette costumerie, on parle même plus de garde robe la…) et quel résultat!! Enfumage et camouflage… faites enter les clowns!

Je reste néanmoins plus individu que personnage dans mon emploi du temps. C’est le luxe de mon style de vie… pouvoir dégager du temps pour privilégier les névroses au paraître.

Merci Jean Alphonse Richard pour cette piste de réflexion involontaire et relativement inutile… l’heure du crime introspectif.
Ça m’aura au moins servi d’excuse du jour pour pas avancer sur mes cartons.., j’avoue que la j’étais un peu à court! Hier j’ai même fait ma déclaration d’impôts alors qu’en général j’attends les frimas de l’automne…
J’ai quand même démonté 3 Billy (ce sont des étagères, pas des personnes) et fait 4 cartons, encadré un poster des Beastie Boys, et acheté de quoi alimenter des ados en légumes et en glaces (il fait chaud, il va falloir porter des costumes de bain bientôt alors j’y vais mollo sur le fromage mais le sevrage est pas fastoche…). J’ai aussi emmené Misfit au café.
De toutes façons c’est pas la panique.

C’était un peu 2 salles 2 ambiances avec le concert thug life Télérama d’avant hier soir… La Rumeur au CCO, avec un MR N qui nous a refait l’école des fans au micro de Hamé, un mR F des étoiles dans les yeux, et une Zouz émerveillée, malgré son reste d’anesthésie et ses points de suture frais du matin (dans cette famille on rigole pas avec les concerts! Pas de mots d’excuse, c’est pas l’école hein!)
C’était chouette, c’était émouvant, ça va taper dans ta rage d’antan qui est pas toujours forcément bien loin et ça donne la pêche Et puis l’espoir aussi. Accessoirement, voir la Z kiffer c’est un vrai kif en soi… la voir kiffer un truc sans vocodeur c’est l’apothéose parentalitaire!


Demain c’est aussi retour à la futur source avec mR B… pour un convoi carton et calories (ce déménagement se compte en prétextes restaus en fait!)… mais j’ai beau pas être trop difficile je sais pas si je suis prête à me refaire un cassoulet à la souris d’agneau (what next? Des lasagnes aux merguez? Un sanglier basquaise? Une carbonade au génépi?)…
Bonus comique photographique d’une personne pas coordonnée essayant d’ouvrir une porte avec son genou tout en la coinçant simultanément avec son pied et se retrouvant bloquée… vis ma vie de dyspraxique ta mère…

