Je suis réveillée depuis 4h. 4h du sbar. Réveillée par un bruit chelou de gros truc qui tombe. Et que j’ai sûrement pas imaginé vu qu’on est à la campagne, que j’habite sur un chantier, qu’il y a de gros trucs tout à fait volontaires pour se casser la gueule un peu partout et que j’ai de surcroît des animaux noctambules et patauds.

Je ne sais pas encore si c’est grave et, à l’échelle de ma charge mentale actuelle, je m’en balek.
Chaque catastrophe en son temps. (Les tuiles qui s’effritent, le tableau Elec à refaire, l’évac du lave vaisselle à créer de toutes pièces…)
J’oscille ces jours ci entre un état avoisinant la béatitude mièvre teintée d’autosatisfaction (mazette quel bon choix que j’ai fait la, que c’est beau, que ça va être bien), une panique intersidérale teintée d’angoisse (je vais jamais m’en sortir, comment je vais faire, par où je commence) et le vide existentiel et émotionnel qui m’accompagne depuis un bout de temps… (n’exister pour personne, être vide dedans, avoir le chakra du cœur bloqué par une triple porte en béton dont les architectes des pyramides jalousent sûrement les plans et la formule…).
Du coup c’est tout chelou.
Je peux me réveiller le matin et faire mon tour de jardin émue aux larmes d’y découvrir ma première fleur de courgette. (C’était trop cool, surtout pour ce potager si tardif, que ce soit pour la saison ou pour ma vie!)



Puis commence la journée, et la vraie galère de s’y retrouver et de tenter de se retrouver dans le bordel, les cartons éventrés, tout ce qu’il y a a faire et que j’arriverai pas à faire seule, tout ce que j’ai peur de plus vouloir faire avec personne, tout ce que j’ai perdu ou cassé ou ruiné ou pas vu, tout ce dont j’ai encore envie mais qui n’existe pas ou plus ou pas encore, la logistique et le pratique, le manque de tout un tas de trucs et le trop plein d’autres, l’administratif, le subjectif (ah mes filtres!) l’affectif et le passif, qui vient assaillir mes neurones et ça me fait un peu bugger.
C’est beaucoup à gérer là…
Mais comme je suis au vert c’est étrangement moins pénible qu’en ville.
Car c’est très vert.
Et c’est très beau.
Et l’eau a 14 degrés, quand tu t’immerges ça te rafraîchit les idées…(et espérons aussi que ça raffermisse un peu les fesses).

Du coup voilà, ici c’est l’Ain. Sans les autres.
Car je me suis jamais sentie aussi profondément seule. Ou vide… je sais pas si ça vient du même endroit.
Et même si j’ai des droits de visite, même si les potes sont là, même si je rencontre viteuf des gens, je crois que ma solitude elle vient de plus profond que ça. Et qu’elle est sûrement liée a l’ennui. Un ennui émotionnel profond.
Il se passe pas grand chose en dedans de moi. (Et je parle pas gynécologie…)
Rien à voir avec les activités ni l’intellect non plus. Là j’ai du grain à moudre, peut être plus sur la peinture, le ponçage et les notices de montage que sur les questions philosophiques ces jours ci mais ce n’est de toutes façons pas de cet ennui là qu’il s’agit.
Et les projets liés au cerveau je sais que ça viendra vu que mes 10000 idées à la minute continuent à fuser malgré le fait que ce soit pas du tout (encore) le moment… patience.
Mais je vibre pas. Je vibre plus.
Et je crois que j’ai besoin de ça pour exister. Pour exister en ayant l’impression que ça vaille le coup en tous cas.
Et les fleurs de courgette et la rivière et les bourgeons de tomate c’est super mais ça remplit pas les mêmes cases. Ça réchauffe mes braises mais j’ai plus de flammes.
#jesuiscalcifer

Alors les nuits sont dures. C’est déjà relou de squatter un matelas par terre dans le salon et de pas avoir sa propre place chez soi, mais cette sensation de vide en prime c’est très étrange car autour ça n’a jamais été aussi plein de tout…et il y a tellement de trucs (et de gens) chouettes…
C’est pour ça que c’est tout chelou.
Qu’il continue à me manquer un truc malgré tous ces trucs chouettes.
Mais j’ai besoin de dopamine pour pouvoir me poser. J’ai besoin d’un tumulte happy et chavirant pour pouvoir paradoxalement trouver ma stabilité et mon confort.
Et ça se commande pas. Ça se décide pas. Et je crois pas que ça se cherche non plus.
Mais est ce que vouloir que la vie soit une grande fête, pouvoir aimer et être aimé en retour c’est pas une énorme faille narcissique au final? Ou un reste d’utopie dans un océan de cynisme. (Mais déjà mieux).
Et si on regarde les faits et nos historiques et ce qui se passe autour, est ce qu’on est sûrs du bien fondé de ce genre d’entreprise?
Faut il s’aigrir pour être heureux? S’egoistiser ? Ça me ferait bien chier… mais la saleté d’espérance d’arriver à vivre des trucs cool et sereins c’est très fatigant aussi. Surtout quand t’y arrives pas en fait.
J’ai recommencé à grincer des dents dans mon sommeil. Je me réveille avec les mâchoires endolories, la sensation d’avoir les dents molles et des petits bouts d’ivoire qui crissent… (j’espère que ça va pas rameuter des contrebandiers. Manquerait plus que ça, déjà qu’on a eu deux fois le Tour de France dans la même semaine… ça va bien aller le cirque…)
J’ai plus trop envie de manger, ni de boire d’ailleurs. Tant mieux d’une certaine manière vu que j’ai pas de cuisine cette semaine, c’est d’ailleurs le seul work in progress qui avance un tant soit peu dans cette baraque.
J’attends donc la suite de ma vie. (Avec des cernes et bientôt plus de dents donc…)
Mais c’est pas tout ça, j’ai du shopping à faire dans mon nouveau spot préféré, Weldon Hauteville, où les employés habitent, je crois, dans le magasin et sont adorablement trailer park gentils et me laissent amener le chien à l’intérieur pour aller chercher de la peinture et des fleurs et, à ce stade de ma vie j’en demande pas tellement plus…(mouais…).