Cette semaine j’ai participé à un atelier d’écriture … c’était chouette et c’était surtout drôle, d’une part car nous étions dans un PMU à Hauteville avec des brèves de comptoir en fond sonore … et d’autre part car j’avais réussi à motiver la Z et que sa fraîcheur urbaine associée à son improbable amour pour les rimes médiévales a apporté une brise d’absurdité géniale et joyeuse à l’exercice.
L’un des exercices était d’écrire une lettre à une émotion, je ne sais pas si ça compte mais j’ai écrit ça alors je le partage, car le but du blog c’est finalement d’écrire, et pour une fois c’est pas pour râler.
Très cher Balec,
Jamais je ne pourrai assez te remercier de t’être pointé dans ma vie, même si franchement t’as bien pris le temps.
Avant toi, tout était douleur et cogite, culpabilisation et détresse, mais tu as su changer tout ça.
D’un battement de couilles si j’ose dire, tu m’as permis de faire fi de tout un tas de stress inutiles voire souvent meme caduques.
Tu as fait le vide dans mes placards cérébraux et tu m’as aidé à balancer mes vieilles casseroles pourries, mes disques durs abîmés, mes connexions court circuitées, sans remords ni regrets.
Tu m’as appris à cesser d’interpréter les regards, les intonations les soupirs et les absences comme des agressions à mon égard.
Tu m’as appris à rire de moi au lieu de pleurer des autres.
J’ai grace a toi compris que stresser avant et pendant était un crime chronophage et futile et que stresser après, si besoin, suffisait déjà largement.
Tu m’as appris à me foutre de tout alors que la vie n’était que souffrance. Tu as même atténué mes pulsions d’euthanasie de groupe et ça, mon Balec, c’est champion.
Alors bouge pas gros, si tout va bien on a encore de la route à faire et plus on apprend à se connaître plus ça risque d’être chouette.
Bon on avait 10 minutes et on était dans un pmu pour rappel.
Voilà.
Et naturellement, c’est du vent.
Cela m’a été prouvé pas plus tard qu’aujourd’hui … car j’ai pété un câble pour des raisons diverses et variées mais surtout accumulées sur peu de temps. Et que je peux résumer ainsi: épuisement mental+ sentiment d’injustice +sensation que mes besoins sont méprisés par les ados ou/et pas pris au sérieux car “ ça se voit pas”… ou en tous cas pas assez.
C’est d’ailleurs un peu le principe du handicap invisible.
Et oui, en effet ca se voit pas, sauf si mon style vestimentaire compte comme un appel a l’aide… Mais dans la vie et à cause de paramètres astéréotypiques daubés j’en chie pour avancer et exister, pour accomplir des tâches qui me semblent insurmontables alors que pour la plupart des gens ce n’en sont même pas (rester en vie, aller au bout de la journee, faire ce qu’il y a a faire, passer des coups de fils, organiser des trucs, coexister avec des gens, m’autoriser à ressentir des trucs, etc…) et je trouvais que la j’étais dans une bonne passe dernièrement (a part l’occasionnelle crise d’asthme a l’idée de rencontrer de nouvelles personnes, les insomnies chroniques, le fait de me couper accidentellement à répétition et les migraines quasi quotidiennes…) … mais devinez quoi… c’était un leurre …
Car quand je suis seule dans ma bulle j’ai presque l’impression de gérer. Reste ma maladresse et mon chaos mental et organisationnel mais sans témoins c’est déjà plus simple et presque serein. Je change le barème à mon avantage (waouh, que 3 cafés, trop forte, tu as peint une chaise en rose bravo championne, une journée sans devoir mettre de pansement sur une nouvelle blessure on progresse, tu es couchée sobre et avant 1h du mat, prix Nobel du bien être et de la santé!)
Par contre en présence “d’autres” (y compris ceux de ma propre procréation) dans ma maison, j’ai l’impression qu’au lieu d’avoir de l’aide avec tout le merdier ça me rajoute du taf, physique mais surtout mental. Parfois de ouf. Penser à tout, anticiper les besoins des autres (même si ils m’ont rien demandé), les repas, les courses, ranger avant et après, avoir des horaires pour manger, ranger les trucs des autres, attendre, obéir à des rythmes “ normaux”… peut être que c’est d’ailleurs ça qui fait violence. La contrainte de la normalité… ou de vouloir que les autres soient bien et pas me sentir à la hauteur…ou juste la contrainte de la la contrainte…
Sinon a part ça c’est un plaisir hein, je me suis même jamais renseignée sur la possibilité de disparaître sans laisser de traces ni sur la pilule abortive post naissance et de toutes façons personne peut rien prouver j’ai effacé mon historique.
Et j’aime pourtant bien avoir une maison pleine de monde, et surtout j’adore quand les gamins sont là… donc c’est un peu fou. mais on est jamais à une contradiction près hein…
Mais du coup je me retrouve à reculer, sur une pente que j’ai déjà grand peine à gravir… une pente qui allierait efficacité et santé mentale en quelque sorte. Et là comme j’ai reculé de 10 cases à cause du bordel et de la nonchalance adolescente cumulés à une certaine ingratitude et un soupçon de “je doute de rien”, j’ai hurlé. J’ai vraiment crié très très fort. Possiblement en mode Gilles de la Tourette mais passons sur les détails…
Et croyez le ou non ça ne m’arrive quasi jamais. J’abhorre les cris. Mes esclandres à moi sont silencieux. Ils existent par écrit ou n’existent pas. Ils se retournent contre moi en dedans et se transforment en extinction de voix ou cruralgie ou pyelo… c’est mon côté garcimore… (garce is more)…
Et en règle générale ma parentalite consiste surtout à maugréer mollement ou assener de la punchline qui pique… (on a abandonné l’éducation positive sur le bord de la route circa 2006 pour faire “ autrement”) et les messages passent généralement pas trop mal.
Et même si ça arrive à plein de gens très bien de péter un câble de temps en temps, on finit généralement pas sur un podcast de faits divers pour autant. (sauf toi Xavier, t’es allé trop loin pélo)
Alors quand je me déborde dessus c’est un acte d’auto agression ultra fort. Peut être que ça fait écho aux dégoupillages aléatoires trop fréquents de ma propre enfance. Peut être même pas.
Je pense que ce qui est violent et que je ne m’autorise pas, c’est de VIVRE une émotion Ouh la… quelle vulgarité… quel manque de flegme… quelle… quelle…. Vile humanité …

Et ça m’a fait réfléchir au fait que je suis tout à fait capable de parler et d’intellectualiser mes émotions quasiment jusqu’à ce que mort s’ensuive (jamais avec les personnes concernées ceci dit) que ce soit sur un divan ou devant des bières… mais toujours après coup. Après le tsnunami, après l’onde de choc, après la tempête et les répliques sismiques…quand tout a été analysé, rationalisé, explique et justifie. Et tourné en dérision bien entendu.

La j’étais pas prête… j’ai fini recroquevillée au fond de moi même à m’interroger sur le sens de la vie, l’intensité de la souffrance, à rêver d’objets coupants (ça faisait un bail et ça m’a même fait un peu peur) et de pièces sombres et solitaires… je me suis retrouvée en mode non verbal aux prises avec une belle bonne dissociation a tout faire répéter aux gens toute la journée (car of course pour bien faire c’était une grosse journée ce qui avait peut être contribué au stress matinal) car je comprenais même plus ce qu’on me disait.
Comme quoi des fois il en faut peu pour aller bien (un potager, une BD, une playlist ou autre source endorphinique facile d’accès) mais les démons sont jamais trop loin et les émotions qu’on croit domptées gardent des griffes bien acérées… et cette saloperie de neurodivergence (qui parfois rend la vie si belle en te privant de limites et de codes et de butees) fait qu’un petit stress peut t’amener sur un terrain bien pourri… qui n’a plus rien à voir avec le truc de départ et a un peu à voir avec la conscientisation que l’état dans lequel tu as fini il est pas normal, donc que tu l’es pas non plus, donc que tu es pas armé pour exister, donc que tu as pas lieu d’être dans ce monde, donc pourquoi t’acharner à continuer etc etc…
Ca ira sûrement mieux demain, quand j’arriverai à en rire et me trouver ridicule.
La dévalorisation de l’émotion par le cynisme est une solution thérapeutique largement sous-cotée.

Bref… c’est pas tout ça je vais traîner mon spleen à un concert d’italo disco pop punk belge car je me respecte quand même un minimum et que ce soir la j’ai envie de voir personne mais des décibels et de la bière ça va bien faire l’affaire.
Anecdote bonus: à Villeurbanne un petit monsieur d’une soixantaine d’année bloquait sur moi avec un sourire, puis il est venu me voir et m’a dit “en fait j’essayais de compter les couleurs que vous portez sur vous, et puis vous vous êtes retournée et j’ai vu votre sac à dos et la j’ai du m’arrêter de compter mais en tous cas merci! C’est rare de voir autant de couleurs et ça fait plaisir”… et c’était super chou! Même si je vois pas du tout de quoi il parle …
