C’est pas le feu… comme souvent à cette période. Je sais pas si c’est l’angoisse de la vieillerie, la conscientisation de ma vétusté, la peur d’être rien, la terreur d’exister, la phobie des effervescences que vient alimenter mon sentiment d’illégitimité, le syndrome du « je mérite pas » dans les deux sens… du coup bref, ça va pas fort.
Je suis rien ni personne plus fort que jamais en ce moment. Sûrement encore plus le matin et la nuit.
Comme tous les ans cette envie de disparaître, que mon corps saisit au vol. « Attends je vais t’aider! » Cette année pas de coqueluche mais une toux pourrie qui arrache les poumons, des nausées aléatoires et un eczéma chelou des doigts, comme si mes mains morflaient pas assez comme ça (dimanche j’ai taillé mes rosiers au couteau de cuisine et même si je pressentais que c’était pas l’idée du siècle j’avais un chouïa sous estimé la dangerosité du truc … au final je me suis sabré un bout de doigt).
Bref en plus d’avoir honte de ma tronche et du reste je vais devoir porter des gants, comme Michael Jackson et Mickey mouse… qui clairement font pas partie de mes idoles. Si c’est pour finir comme ça finissons en avec les ans hein!
Et donc, au milieu de mon courant de pensée dark et introspectif, au détour d’une bd dans laquelle figuraient des paroles de chanson j’ai eu un flash.

En fait je suis l’incarnation humaine d’une main gauche. (une m’Ain gauche on dit ici)
Une approximation du vrai truc. La même chose mais en moins bien. Le truc qui globalement a eu la même formation, a vu les mêmes choses, a vécu les mêmes expériences mais a rien compris, sait toujours pas faire, tente de reproduire une vague imitation de son efficace semblable mais très piteusement.
Le truc que les gens touchent pas. Le truc réservé aux basses taches.
Je suis ça. Un cosplay de main droite. Le truc maladroit. Le truc qui lache. Le truc qui a pas assez de force. Le truc qui reproduit en moins bien. L’élément comique du corps humain. Le Pierre Richard de l’anatomie.
Même sans prendre de risques j’ai les stigmates d’un membre actif de Jackass, même sans prendre de drogues j’ai le cerveau ravagé par les bad trips et les flashbacks cauchemardesques, même avec un double bac+5 j’ai la crédibilité professionnelle d’une paille en éponge, et même en m’étant tankée 23 ans en couple exclusif j’ai un palmarès « romantique » à faire rire et/ou pleurer dans les chaumières selon le public et l’angle de narration choisi…
Je suis le membre inutile. la douleur fantôme. Le caillou dans la chaussure. Le lacet défait.
50 shades of maladresses et ratures.
Et ça me fatigue.
Alors quand vient le moment de compter ses années et ses abatis je me demande toujours un peu ce que je fous encore là. Et si le prix est pas un peu cher à payer.
Comme d’être tiré au sort pour partir en croisière nulle sur un bateau qui coule et devoir en prime écoper. Et sans boussole.
Des fois je comprends pas bien ce qu’il faut faire et quels mensonges aller me raconter pour avoir l’impression de pas perdre mon temps. (et celui des autres mais ceci est encore une autre histoire)
Comme tout le monde j’ai mon panel de petites excuses pour persévérer à vivre. Mais en vrai ça vaut pas grand chose. Je cherche mon QR code pour consulter mon prix, ma valeur, mais je porte que l’étiquette de Noz du genre humain. C’est cheap, ça se remplace sans états d’âmes (pratique), et si tu le perds tu t’en fous. Et aussi je crois pas que ça passe au contrôle qualité. Pas au mien en tous cas.
Bon. J’ai du sirop pour la toux et de la crème hydratante donc rien à ce stade n’empêche encore la vie de continuer, les 10000 projets de vaguement progresser, les interactions diverses et variées, les blagues et les sourires… mais j’ai pas trop d’entrain. Pas de jus. De l’énergie oui, plein mais je suis vide d’envie.
Sûrement ça va passer. Le problème c’est que les années aussi… et ça commence à être ridicule de faire semblant d’aimer la vie quand tout te rappelle que tu es périmée, toutes sortes de projets de vie aussi, et que ça ira pas en s’arrangeant. Ils ont des portraits à la Dorian Gray sur Ali Express? On peut racheter des points de vie à l’état civil en faisant des stages?
Bref. Je vais me replonger dans mes lectures, le vrai snobisme culturel c’est d’arriver à faire passer ton stratagème de dissociation pour un hobby intellectuel. Chacun ses tricks.
Et surtout bonne saint Valentin. (mouahahahahah)