L’organisation ça n’a jamais été mon point fort. Ni celle de mes affaires physiques, ni celle de mes affaires mentales et encore moins celle de mes affaires administratives…
L’image que j’ai de moi c’est toujours un peu celle d’un poulet sans tête qui court, en scandant “je suis en retard, je suis en retard “ , comme le lapin d’Alice au pays des merveilles, mais carrément sans les merveilles.
En vrai je suis plutôt le lapin Duracell avec la pile qui s’emballe. Et des névroses.

C’est un peu le mal du siècle de courir après le temps sauf que moi je t’arrive à vivre ça sans vraiment de contraintes. Juste avec ma panique inhérente à la discipline d’être en vie que je trouve si compliquée en ce moment.
D’autant plus que mon problème c’est davantage le décalage que le retard, et je crois pas que ce soit rattrapable.
Ces temps ci, ma liste de tâches improbables et accordeoniques (la société!) Rythme des journées qui sont théoriquement “libres” mais factuellement très remplies et souvent frustrantes car 24h c’est quand même pas ouf, et même en dormant très peu ça suffit jamais.
Et je sais pas trop où je m’y perds. Dans quels trous je pars m’égarer pour me retrouver si inutile.
Ces derniers temps ma liste de tâches a changé, elle s’est collectivisée, elle s’est décentrée du microcosme intérieur pour s’ouvrir sur de nouveaux horizons, peuplés d’autres humains. (Ouais. Soupir)
Et je découvre un monde que j’avais évité jusque là en choisissant un chemin de vie et de taf qui consistait à ne surtout jamais croiser personne en chair et en os. Déjà par email on était sur une jauge de patience restreinte …
Du coup, à moi les joies de la réunionnite et des messages groupés, des contraintes en tous genres et des concessions… et de l’exposition… sortir de sa tanière, parler, ouvrir, échanger, arriver à avancer son avis, a le justifier, parfois le défendre… c’est juste tellement pas mon truc au naturel. Dans la balekosophie de ma grotte cérébrale.
C’est pas toujours facile.
Je reste assez convaincue que si tu mets 3 personnes dans une pièce, au bout de 10 minutes ça vire à la bataille d’égos (fragiles). Plus ou moins ouverte… plus ou moins assumée, plus ou moins maîtrisée. Je m’inclus la dedans et j’aime moyen voir mon cerveau se faire régir par les plus bas instincts. C’est justement ça que j’ai cherché à esquiver toute ma vie.
Mais j’apprends aussi des trucs …je suis curieuse. Toujours. Quoi que souvent circonspecte. Je découvre le grand jeu des simagrées sociales et ce qu’on se raconte autour pour les rendre acceptables.
Ce qui est intéressant en revanche c’est de voir se déployer l’énergie, les bonnes volontés et même la joie (qui, rappelons le, est une émotion de gauche). Federer un truc. Partir de rien et rassembler des gens qui ne se seraient sûrement pas rencontrés autrement. Même si je réalise un peu plus chaque jour que la proximité sociale ici en ruralité n’obéit pas aux règles citadines.
(Exemple chou: l’autre jour au bistrot du village je prenais mon café et j’étais coincée sur une maille de mon tricot – ouais je tricote y a quoi?! – et le patron a téléphoné à une mamie, qui a déboule les cheveux en vrac 5 minutes plus tard pour me tirer de ce mauvais pas en réé-aiguillant mon ouvrage. Merci l’Evelyne express!)
Enfin bref voilà… organiser, préparer, anticiper, solutionner … au final moi ça me donne juste envie de carrément pas y aller. Même quand j’ai hâte d’un truc au final je me dis trop souvent “ tout ça pour ça?”… et ça s’applique à toutes mes activités, entreprises et initiatives qu’elles soient professionnelles, intellectuelles, artistiques ou sentimentales. L’aquoibonisme en toute chose.
Être déçue par des choses que tu attendais, parfois avec impatience. Ne pas leur trouver une valeur proportionnelle aux attentes (ou aux projections)…ni un sens, quel qu’il soit…
Bon. La il est trop tôt pour introspecter. Au moment où j’écris ça, il est très exactement 7h29, j’ai dormi max 6h en 2 nuits et j’ai déjà réussi à prendre un tram, un rER, un métro, un train et me mettre du café dans l’œil, réaliser un (gros) carré en crochet et me tromper de réservation de train donc je suis déjà saoulée pour la journée.
Mais j’étais à la Capitule pour voir Adam Green, la musique feel good qui vieillit avec moi même si ce joyeux cabotin reste ado et donc très inspirant… et j’ai traîné mon spleen à Paris sur 22 km de “tout sert à rien et pourquoi continuer” mais en regardant autre chose que mes plantes pousser ou la plaine de l’Ain défiler derrière les fenêtres du TER. (Mes paysages fétiches en ce moment). Ça change un peu. Et les gens en terrasse quand il fait 12 avec une tramontane délocalisée à 70km/h ça me fait toujours rire.
Et j’ai 15000 trucs chiants à faire en mega speed en arrivant à Lyon et une grosse soirée qui m’angoisse aujourd’hui autant qu’elle n’enthousiasmait à l’état de projet. mais bon… Yallah hein. T’facons c’est ainsi. Et on dormira quand on sera morts.
(update de retard de publication, La soirée a eu lieu et à part vivre mon pire cauchemar en étant filmée et me rendant ridicule pour la postérité de l’intelligentsia du bugey c’était pas si pire, un beau “mouais” retentissant sur l’échelle rase motte de mon enthousiasme actuel…)