Too old to die young

48 ans aujourd’hui selon l’état civil . Moi je suis jamais sûre. Franchement ça pourrait être n’importe quoi.

Le ressenti se situe quelque part entre 5, 15, 21 et 78 selon la tâche à accomplir et ce que l’on attend de moi (5 si je dois faire mes lacets, mettre mon tee shirt ou ma culotte à l’endroit ou apprendre à fermer un tiroir correctement, 15 de rage si je regarde l’état du monde autour de moi ou si je dois m’appliquer pour mettre du khôl sans déborder ou baisser le son de la musique, 21 car c’était après l’enfance et avant “la vie” et un état relativement anxiogène mais finalement assez dénué de responsabilités vitales et où j’avais encore la “chance” et la liberté (le choix?) de disparaître sans impacter trop de monde… et 78, comme une sale evidence vu que j’ai des piqûres tous les jours, des béquilles et le pilulier D’une héroïne de Brett Easton Ellis)

Et quand je dis héroïne je sais de quoi je parle vu que ma biochimie est 75% opiacées ces temps ci.

Je passe sur l’épisode béquilles qui, avec ma dyspraxie, assimile chaque micro sortie à une audition pour le festival d’Aurillac. (Sans parler de la semi centaine de personnes qui m’arrête chaque jour dans la rue soit pour vouloir re-régler mes cannes anglaises (vocabulaire orthopédique t’as vu?) ou me mansplainer la démarche alors que ça me prend la moitié du cerveau de savoir comment coordonner la pose de l’engin et du pied, sans en plus renverser mon cafe. Oui j’aime le challenge. Et le café… des fois que la cortisone suffise pas)

Je ne sais pas où sont passées mes autres années…au service de qui ou de quoi, mais physiquement sans doute dans ma ride du lion… et sinon dans l’apprentissage du snobisme zythologique qui m’empêche toujours à ce jour de boire une super bock ou une kro sans hurler au scandale.

(Je signale au passage que je suis à quasi 4 mois d’abstinence quasi totale et que la Neipa me manque de ouf mais je temporise vu qu’à ce stade si je rajoute une hépatite on est pas rendus)

La précarité condescendante c’est pas la moindre de mes contradictions.

Mais peu importe. Je porte aujourd’hui une robe chic (4 balles) et des converse dinosaure (8 balles). Comme quoi tu peux cumuler clochardisation et fashionistisme (et look de maternelle).

Ouais je mets mes pieds sur la banquette y a quoi?

Mes collants sont filés et je ne suis pas encore vraiment sûre de comprendre comment on met du sérum anti rides (on m’enlèvera pas de l’idée que ce truc est composé de foutre et d’huile et que c’est pas ce que je préfère étaler sur ma tronche) et j’ai mis pour la première fois du rouge à lèvre et ça déborde. On dirait le joker.

Aujourd’hui je crois pas que je vais fêter quoi que ce soit ni qu’on me le fêtera d’ailleurs.

Mon problème se situant entre besoin de preuves d’affection explicites et incapacité à les recevoir sans pleurer d’émotion mièvre ou hurler à l’illégitimité, ca rend les festivités et les démonstrations compliquées pour tout le monde.

C’est un vrai problème.

Mais today je vais me déplacer en train et en béquille pour voir des gens que j’aime. Et ce soir je reviendrai en voir encore d’autres. Je trinquerai avec un soft pour pas surmener mon foie qui fait déjà des heures sup avec les médocs et le fait que si personne ne me le rappelle j’oublie de boire de l’eau.

Dans un futur proche j’ai aussi la ferme intention d’écrire de vraies lettres à mes gens pour leur dire des choses chouettes que je tais. Par pudeur, par timidité, par peur de la non réciprocité, par peur du rejet.

Car je perds des gens précieux de vue, ils me manquent et je sais pas le dire, et je comprends pas ce qu’ils pensent eux alors je me dis que je me trompe sûrement sur le lien ou ce que je suis pour eux et que je suis du bon débarras. Et ça me fait pas me sentir extra.

Avec ma phobie du téléphone et de l’envahissement je reste dans l’affect discret voire absent, et des fois je sais plus si j’ai été oubliée, si on veut plus de moi, ou si je rends service en disparaissant, mais de mon côté c’est pas ça alors je vais essayer de le dire pour clarifier les malentendus (et si les gens portent plainte pour harcèlement on gérera ça dans un deuxième temps, il n’est pas exclu que la encore je me plante du tout au tout. Si vous avez un avocat gratuit et compétent à recommander je veux bien prendre son num au kazoo).

Car globalement je crois je dis pas assez ou mal. Et que je comprends parfois à côté (avec les fesses comme dit la z. Fesses. qui avec les piqûres quotidiennes, ont un petit look pelage de dalmatien mais sans les poils. Voilà vous savez tout et c’est très exotique)

Vu mon sens de l’organisation et mon esprit embrouillé par la douleur, l’agitation et les cachetons ca va peut être prendre du temps mais c’est dans les tuyaux vu que j’ai retrouvé mon papier à lettre régressif (j’avais un kink papier à lettres asiatique kawai acheté à china Town de Londres en 1995 et j’ai réalisé que j’ai tout gardé!), toutes sortes d’enveloppes peintes à la main et même des timbres pendant mon enduro du tri de 14 h sous cortisone de mardi (j’ai cru que les gamins allaient rappeler la clinique pour qu’ils reviennent me chercher mais apparemment je suis juste hyper sensible à la cortisone et c’est pas la meilleure amie du TDAH … sauf si il faut faire 14h de tri à cloche pied quoi…là franchement je recommande).

Aujourd’hui je commence aussi la ritaline. Comme je fais les trucs à l’envers j’ai pas (encore. Mais c’est prévu) de diag (mais je fais confiance à ma psychiatre et à l’équipe) car pour le monde médical qui m’entoure (et mes très proches) ça tombe un peu sous le sens. Ou du moins ça en donne à ce champ magnétique de chaos qui m’accompagne du dedans au dehors et sur une portée de quelques centaines de mètres autour.

Et je trouve ça drôle l’idée de prendre des amphetes pour me calmer. Quelque part c’est cohérent avec le reste.

Vais je enfin transformer mon agitation en efficacité? Passer de Pierre Richard a Marie fucking Kondo? D’une marseillaise à Cancun à Noam Chomsky? D’un épisode de strip tease à un podcast des pieds sur terre?

Va savoir.

Moi tant que ça fait pas grossir et que ça endort pas j’ai arrêté (temporairement et par usure de moi même) de me rebeller contre les molécules. je me dis que je vais tenter ça avant Dignitas. (Qui pour l’instant refuse de prendre en considération ma candidature mais je retenterai après l’irm le 18… sur un malentendu…)

Mon « apaisement » (si tant est que ça fonctionnne) fera sans doute des vacances aux autres aussi. Et je m’accroche à cette idée.

J’ai eu l’impression de pas mal merder humainement dernièrement, notamment auprès de ma progéniture si patiente, géniale et résiliante soit elle. Et du garçon senior que j’aime le plus (il se reconnaîtra il a les plus belles fesses du monde).

C’est pas à eux de me subir. Ni à me protéger. Et je veux leur offrir de bons moments car si je venais à disparaître je voudrais que leur disque dur soit rempli de fou rires et de découvertes et pas de flash-back de moi en train de stresser pour des factures ou de culpabiliser ou pleurer car je peux pas leur offrir de vacances, faire mes lacets ou valider leurs paniers (Z si tu m’entends…).

La Z m’a envoyé ça quand j’étais en clinique et j’ai pleuré comme une madeleine de petit électrochoc de piqûre de rappel.

Se savoir incompétent et neurochelou tout en étant un minimum cortiqué c’est assez terrible car tu as tout à fait conscience des dégâts et des manquements. Tu es pas assez pimpin pour t’en foutre mais un peu trop pour fonctionner potablement et ça te donne une image assez déplorable de toi et de ce que tu fais subir.

L’idée c’est de sortir de ça.

Et j’ai accepté de me faire aider et aussi d’arrêter de faire semblant que je vais gérer toute seule. Mais je vais arrêter aussi de me reposer sur les gens que j’aime pour qu’ils m’aiment « gratuitement » sans plus avoir à s’occuper de moi.

Je vais reléguer le problème que je suis à des gens dont c’est le métier. (Force à eux) Et garder le bon pour les bons.

Voilà le programme, voilà l’envie, et surtout le besoin.

On essaie de plus parler de mort mais de rester dans la vie. En mieux. Pour tout le monde. Et il s’agit pas que de moi ici.

On part de loin. C’est un peu l’histoire de ma vie cette latence à devoir rattraper et compenser en permanence pour être “à niveau “. Pour pas que ça se voit trop…pour pas gêner ou heurter ou mettre mal à l’aise. Ou juste décontenancer.

La Carolinade qui me fait reculer de 10 pas au lieu d’avancer de 2 et d’être toujours à la ramasse.

Pourtant j’essaie. Et je vais continuer à essayer.

Voilà.

Et surtout je crois que je vais essayer d’avoir 5 ans plus souvent car j’aime bien les dinosaures et les paillettes et les arc en ciels et m’égratigner dans les broussailles et ça me rend plus heureuse que le ménage et les factures et les courses et que je crois que c’est la vie que j’ai décidé de mener. Mais je vais aussi essayer de plus occulter le pénible vu que ça se transforme en terreur si tu l’ignores trop longtemps. (Eneidis? Tu m’entends? J’arrive bébé!)

Et merci d’être là. Et de lire et d’écouter et d’être patients. Je vous aime bien et plus que ça.

Voilà.

Je vais me boire un café d’anniversaire à rajouter à ma cortisone et ma ritaline, c’est sans alcool donc je triche pas avec ma psy!

Je vais aussi jouer les dosages de mes médocs au loto je crois qu’on tient un truc!

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