Hdjiin

Aujourd’hui c’est ma troisième journée en hôpital de jour. C’est le matin alors c’est soft. Autour de moi les gens font des jeux de société ou colorient, j’ai bien fait de me lever à 5h50 pour ça.

Mes larmes coulent car je me sens à nouveau indigne d’être en vie à cause de ce que j’ai fait subir aux autres ces dernières deux années, d’être ce que je suis, de pas remplir les bonnes cases ou du moins celles qui font que tu détruis pas les gens autour de toi à ton insu.

À m’auto-concentrer sur la maison pour pouvoir justement passer à autre chose qu’aux travaux et reprendre la rando et autres activités plus ludiques à deux ou avec les gamins, pouvoir m’éloigner à nouveau des clous et de la peinture et du sentiment infinition/impuissance/découragement que je ressentais perpétuellement face a cette tâche. Et de frustration ce que ça faisait vivre aux autres. (C. va quitter la maison après le bac (Inch bouddha) sans qu’on ait encore installé ni son lustre ni son papier peint… ) Et de pas vouloir demander/accepter d’aide car ça coûte trop cher en sous ou répercutions (même si j’ai eu aussi une super team j’avoue! Et ils se reconnaîtront!)

Je voulais faire un nid pour que mes proches s’y sentent bien et j’en ai fait un ennemi et moi avec, car ça a pris toute la place. Et j’ai rien vu de ce que je faisais vivre. J’ai pas su ménager des pauses de qualité pour permettre aux autres d’exister avec moi hors du chaos BTPesque.

Pour moi c’était temporaire. Un an et demi c’est pas énorme pour décider de quitter la ville, vendre un appartement et acheter une maison, la retaper (mouais) , changer de vie et s’adapter à toutes ces nouveautés en étant ce que je suis.

Je me suis méprise sur la patience et la résilience de mes proches.

J’ai malgré moi et sans m’en rendre compte négligé ceux que j’aime le plus et leur qualité de vie qui vaut mieux que des gravats et du stress dans la vallée de la mort. J’en suis bien consciente aujourd’hui. Mais je ne l’étais pas quand il fallait l’être et c’est allé trop loin.

Et pourtant leur importance pour moi n’a jamais diminué. J’étais coincée dans un espace temps où pendant que je voulais faire avancer le merdier j’ai fait stagner et reculer les autres dans ce qu’ils ressentaient ou souhaitaient vivre, comme une grosse égoïste du bâtiment, une autocentrée des finitions et une obsessionnelle d’un jardin dont au final personne n’avait rien à foutre et leur a fait perdre plus d’un an. Et à notre âge c’est beaucoup. À tout âge c’est beaucoup.

Et pour quels résultats… la demeure du chaos sous lsd.

Et j’ai rien capté. j’ai compris trop tard.

Une fois de plus j’étais à côté de la plaque, sûrement coupée de travers.

Et pourtant chaque recoin de la maison ou du jardin j’y pensais en y imaginant les gens que j’aime pouvoir y passer du bon temps. (Et les autres dans les orties!)

Sans compter l’énergie que j’ai mis à tenter de m’intégrer dans un village, en m’exposant sans savoir me protéger, ce qui m’a littéralement psychiquement désintégrée, la aussi prenant beaucoup de place et comme il n’y avait plus personne en moi, ça a éclaboussé tous les autres.

je pensais être dans une bulle mais elle était poreuse et suintait et a fini par éclater en souillant tout le monde.

En essayant de construire j’ai tout détruit.

Au point où j’ai commencé à considérer que ma disparition était devenue la seule issue. Pour leur rendre à tous la liberté, ne plus me subir. Car faire autant de mal, priver les gens d’attention et de leurs propres aspirations sans le vouloir c’est à l’opposé de mes valeurs et de mes intentions. Et ça me bute.

Et la douleur revient car je sors de 3 mois de grande solitude en clinique, pleine d’envie de redemption mais malgré mes efforts de réhabilitation affective vis à vis de mes proches et malgré mes 3 mois de remise en question, non seulement pour les autres c’est tout pareil mais avec en prime le poids et les conséquences de mon abandon, si médical soit il. Et dans tout cet exercice j’y perds plus que j’y gagne en estime de moi.

Pour mon anniv j’ai eu l’impression de payer l’affront qu’avait fait subir mon absence en essayant de les protéger du mal que je pouvais leur faire. Ou que je croyais leur faire. Et que du coup je ne valais rien. Ça a été un peut dur au moment de ma vie ou j’avais sans doute le plus besoin de validation.

Ce n’était sûrement pas l’intention mais l’ai perçu comme une punition ou une preuve de mon inimportance. Comme si on me recadrait bien à ma place perdue, celle que je dois regagner aux yeux de tout le monde.

Je reviens avec une carence émotionnelle intense et en décalage avec mes plus proches qui eux ont l’air d’avoir du mal à se réhabituer à ma presence. Ou alors ils attendent des preuves de changement pour mériter à nouveau leur confiance ou leur intérêt.

Comment ça se donne des preuves de rétablissement? Comment ça s’obtient? Il y a un permis à points? Un certificat civique?

Et en attendant je fais quoi?

M’effacer davantage pour moins éclabousser leurs vies avec ce que je suis? Me concentrer sur un moi qui existe pas encore et tient pas encore seul sur ses jambes, pour les laisser libres de faire leurs vies vides de moi et de mon champ magnétique d’emmerdes et de crises existentielles disproportionnées.

Mais quand il s’agit d’estime de soi on fait comment pour se rétablir encore plus vite avec à la fois celle de l’épée de Damoclès du rejet et de l’abandon et celle de l’envahissement?

Et une chiee de tests neuro à confirmer pour être au moins sûre que je suis pas juste relou « gratuitement » . Ahah autant je vais avoir un diag «  chiante de nature, maladie chronique non reconnue par la mdph » et ils vont m’orienter sur un taf de contrôleur des impôts ou dans la politique.

Je travaille sur moi mais je suis épuisée.

D’autant plus qu’à l’intérieur de moi c’est Sparta entre les molécules rebelles rémanentes d’opiacés et la ritaline toute neuve qui vient d’arriver et connaît pas encore bien la zone. Les opiacées sont des véterantes qui ont farouchement colonisé mon organisme, la ritaline prend ses marques, a toutes petites doses, comme une petite équipe d’éclaireurs (le septième compagnie des doses d’enfant de 7 ans, les scouts du bugey contre l’armée russe des gros cachetons) et ils ont l’air de perdre à chaque octogone car je suis crevée, éreintée, épuisée.

Je suis perdante perdante. Je dois me reconstruire sur les sables mouvants que j’ai créé en cherchant à creer un endroit stable et accueillant. Puis en me faisant cliniquiser afin de me rendre moins pénible à vivre et consolider mon rapport compliqué à « l’enfer c’est les autres ». (Heureusement c’était pas noté, à tous les coups je redoublais)

Et tout ça avec 2 de tension, une narcolepsie aléatoire et une grande envie de laisser tout le monde tranquille.

Et plus assez de cortisone pour vouloir faire du ménage h24.

Une fois de plus j’ai tout fait à l’envers et rien compris. Une fois de plus j’ai pas dosé. J’ai surement fait des dégâts qui vont coûter cher à tout le monde.

Car n’allez pas croire que ça me manque pas aussi les grands espaces et le bon temps en général. Moi mon plus les gravats, ranger, trier et visser des planches c’est pas mon kif. (Sauf sous cortisone.)

Alors on me dit de vivre ma vie. Et pour moi ça veut dire « lache nous un peu qu’on puisse vivre sans tes problèmes ». Virer le boulet qui ralentit. Couper le son des crises existentielles qui fatiguent l’âme et les oreilles des autres.

Ma vie j’y travaille pourtant activement, avec une équipe de pros qui doivent parfois avoir envie de me camisoler ou de me mettre au mitard psychiatrique. Mais ma vie est pourtant pas vide non plus et elle est selon moi compatible avec ce que veulent et peuvent vivre les autres. j’ai pas l’impression de les priver ou de me priver autrement que par ce que je peux pas me permettre financièrement

Alors effectivement j’en vis qu’une fraction mais c’est pas en me faisant quitter par tout le monde que ça va me permettre de me mettre à l’aquarellle ou au punch needle. Ni ça ni gagner une once d’estime de moi.

Et je sais pas quoi faire de tout ça et ce qui reste pour moi, ni ce qui reste de moi après 3 mois d’introspection et ce qu’il adviendra du moi post l’hdj bi hebdomadaire censé me redonner confiance en moi.

J’espère que ces gens connaissent leur métier.

Et j’ai une immense trouille. Pas d’être seule car j’aime être seule. Mais de perdre ou d’être abandonnée. Par ceux que j’aime à cause de ce que je suis. malgré le travail entrepris, la remise en question et les pauvres attentions qui n’ont l’air de leur faire ni chaud ni froid. (Zéro succès avec mes stickers capibara)

C’est con parceque ce retour pour moi c’était important en bien. J’avais tellement envie de faire mieux et j’avais aussi forcément besoin d’être rassurée mais je ressens tout le contraire. Je me croirais sur la super passerelle en 3 D de la place de la mairie qui s’écroule et moi au milieu. Sauf que la perspective serait crédible.

Bref.

C’est l’heure du pot belge du soir, celui qui fait un reset sur la fatigue et les idées noires…. Et c’est pas celui que je déteste le plus!

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