Ui mais…

C’est fou comme même quand tu bosses pas et que tu vis en pleine pampa un jour férié ressemble à un dimanche et te colle le blues qui va avec.

Le blues du dimanche soir un jeudi férié matin…

Malgré le bon polar,

(https://books.google.fr/books/about/L_Araignée.html?id=Tl3jEAAAQBAJ&source=kp_book_description&redir_esc=y)

malgré le rayon de soleil mercenaire qui perce le haut de la montagne pour inonder la cuisine en ce jour de pluie annoncé, et malgré mon intention de prendre du temps pour moi aujourd’hui. (Sous quelle forme de contrainte vais je donc m’imposer ce «  temps pour moi? »)

Soleil deter

J’écoute Passerby de Luluc qui est pas aussi bon pour le moral qu’un album de la Compagnie créole mais qui m’apaise dans un espèce d’état mélancolique serein. C’est ma B.O depuis novembre…j’essaie quand même de quantifier pour pas m’en dégoûter tellement je le ponce.

Je bois mon thé, j’ai pas sorti les planificateurs, listes, carnets budgétaires et agendas spécial tdah qui font d’ordinaire ma routine matinale pour m’y coller des missions quotidiennes aussi banales qu’impossibles.

So true…
Après bon le kink papeterie c’est pas d’aujourd’hui

Je crois que comme j’ai pas vraiment les codes domestiques je place souvent la barre trop haut. Ou carrément pas à la portée (actuelle). Alors forcément arrive le soir et je suis deg, déçue et vénère contre moi même.

Comment font les autres? Comment se pardonnent-ils de pas tout réussir ou gérer? Ou se situe le chakra de l’auto bienveillance ? Si quelqu’un a un taser à prêter je crois que le mien a besoin d’être secoué un peu.

En ce moment j’ai du mal à continuer à aller mieux. À trouver le sens de toute cette introspection, diagnostics, travail sur soi, cours magistraux de gestion de l’anxiété ou d’estime de soi….

Comment inscrire ça dans une vie au contact des autres?

Ma vie va-t-elle consister à apprendre à me protéger de ce qu’être en vie me fait vivre?

Je suis saoulée.

J’ai cette (auto?) injonction à aller mieux. Pourtant la seule intention qui continue à primer est de ne pas abîmer mes proches, or il paraît que c’est pour soi qu’il faut faire la démarche de l’aller mieux.

C’est là que ça dissonne.

Je me rends compte qu’accepter et agir sur la responsabilité de ce qu’on fait vivre c’est pas donné à tout le monde.

Et que pour beaucoup c’est ok de pas se poser la question. Est ce que c’est de l’individualisme, de l’auto-préservation ou l’essence même (de l’excès?) de la confiance en soi? Où se situe le curseur? Est ce que c’est égoïste ou normal (normé), sain de penser à soi avant les autres?

Dans quelle mesure?

J’ai cru comprendre à un certain degré que oui. Mais que pour ça, il faut avoir un soi et l’affirmer pour assainir sa relation aux autres. (C’est écrit noir sur blanc dans mes « cours »).

Pourquoi je n’y arrive pas?

Je ne comprends mes limites physiques et psychiques que dans la douleur (cette nuit je suis tombée 2 fois (séparées) dans les escaliers, je sais aujourd’hui bien localiser la plante de mon pied gauche et mon coude droit).

J’aimerais avoir bon au lieu d’avoir mal.

J’aimerais être rassurée.

Je vis avec la sensation constante d’être en faute, de ne pas mériter ou savoir faire, que je fais tout mal ou de traviole, que même mes bonnes intentions peuvent être nocives.

Alors malgré la thérapie, la théorie et la chimie je ne me vois plus guère de solutions.

« Être moins pénible » ça va pas suffire comme motivation de vie.

Lutter contre mon champ magnétique de chaos et d’arborescence existentielle me prend toujours beaucoup d’énergie, et tout est brouillé et j’arrive pas à atteindre le noyau pour le réparer.

Trop de pourquoi et de questionnements et de remise en question pour fatalement retomber sur de l’a quoi bon sans comprendre ni le sens, ni constater de différence sur ce que je vis.

Mes efforts passent inaperçus.

Mon image de moi n’a gagné aucun lumen.

Dans ma tronche…

Accessoirement, on m’a un peu survendu la ritaline aussi. Ce qui confirme la théorie qu’un remède ça va de pair avec un travail sur soi et que les miracles n’existent pas. Ou qu’ils ne se mesurent pas à la même échelle de temps.

Je suis certes moins « agitée » mais comme j’ai pas de mode d’emploi je reste perplexe face à comment être et comment faire.

Juste en moins speed.

Je me sens toujours aussi décalée.

Mon langage affectif existe mais il est différent ou inaudible. Je me dis alors qu’il est indéchiffrable, ou pas valable ou pas à la hauteur, ou que c’est moi qui comprends pas celui des autres. Et j’ai aussi du mal à distinguer en quoi je peux apporter quoi que ce soit à qui que ce soit. Ça rend un peu tout difficile.

Je reste vide.

Et un peu triste.

Mais après tout c’est normal c’est dimanche soir. Même si c’est jeudi matin.

Le neurochirurgien m’a dit mardi (vous constaterez que je connais bien mes jours de la semaine) d’apprendre la patience. Mon nerf paralysé devrait se resensibiliser un jour, mais un jour ça peut prendre plusieurs mois… du moment que ma vie reste calme et plate.

Pas de côtes, pas de montées, pas de dénivelé, pas de panorama, rester en rase motte physique et émotionnel pour pas réveiller les mécanismes qui font mal.

Quel super projet. C’est ça l’aller mieux? Regarder le sol au lieu du ciel?

Bref, ça va pas assez vite le rétablissement. Comme beaucoup de choses. Jamais le bon rythme. Toujours en retard sur l’avance.

J’ai l’impression que je quitte la phase d’espoir et que, si je décide de pas abandonner, la seule option sera de me résigner. (En psycho on dit « s’accepter »)

Que devant moi la route c’est celle de mc Carthy.

Version Larcenet

Et mon consentement dans tout ça?

Je suis sortie de clinique en misant à nouveau sur la vie, la joie, l’amour et toutes sortes d’utopies induites par la lecture et la culture. (Podcasts optimistes de merde!)

3 mois plus tard (que j’ai pas vu passer entre décalage, douleur, immobilisation et médocs) j’ai encore l’impression d’être en probation, de devoir faire mes preuves, pour ne plus représenter une menace ni pour moi même ni pour les autres. Que des barrières de sécurité invisibles m’entourent, mais je ne sais pas qui les a mises là. Moi ou les autres?

Mais qu’en l’état, sans travaux de rénovation d’envergure je reste insalubre, dangereuse et nuisible.

Il y a une prim’renov pour les humains?

Avec le stigma supplémentaire du coming out psychiatrique en plus. La différence que ça peut poser socialement d’assumer qu’on va pas bien, ou qu’on est « différents » (et comment c’est perçu) ou qu’on cherche (activement) des solutions ou à comprendre nos mécanismes (c’est presque plus tabou d’ailleurs d’aller « consulter » que de discuter des manières d’écoper en s’habituant à l’idée de naufrage).

My own private cérémonie du « ui mai »… ma capitulation personnelle.

Le contraire du « si tu veux tu peux ».

Moi je peux plein de choses pour les autres qui deviennent impossibles dès qu’il s’agit de moi.

Et je veux plein faire et être plein de choses mais je ne peux pas, faute de moyens à tous les sens du terme.

Alors je vais faire ce qui est à ma portée aujourd’hui. Planter des graines et déraciner des racines, pour mieux profiter du jardin. Entre deux éclaircies même si pour l’instant il pleut.

Et ça marche au propre comme au figuré.

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