Un été pas du tout en pente douce. Plutôt à (faux) plat.
De l’intérieur c’est pourtant assez sport de chercher constamment l’équilibre entre le vertige et la chute.
Si encore ça filait des abdos…
Tâtonner pour ne pas monter ni descendre trop haut et se faire mal dans les deux cas.
Je marche sur mes propres œufs. Mes œstrogènes fatigués en voie de péremption. Qui arrivent néanmoins toujours à se rendre épisodiquement pénibles. La transition entre le risque d’avoir encore à faire des biberons et la hantise des bouffées de chaleur.

Tu préfères être toute ta vie suivi par des canards ou avoir une jambe en mousse?
En termes d’équilibre psychique (et même physique), ne pas tomber et se faire mal quand on a ma proprioception c’est presque aussi fatigant qu’un job à plein temps (ou de vraies vacances… même si je sais plus trop à quoi ça ressemble).
Retenir son souffle tout en essayant de respirer à nouveau. Tout et son contraire comme d’habitude.
Mais avec des fleurs, du soleil et l’eau de la rivière et ses reflets verts. Et de spectaculaires arcs en ciel quand il pleut…


C’est pas pire.
À vrai dire je me dis même souvent que si je fais abstraction des scènes de guerre et d’agonie qui se jouent dans mon cortex la vie est plutôt jolie. Et que j’ai de la chance d’être où je suis.
Pourquoi ça n’arrive pas à me convaincre du bien-fondé de ma présence ici bas ça je sais pas.

Le vrai drame c’est de pas avoir le mode d’emploi pour accepter le merdier inhérent à “être”.
J’ai même essayé avec les canards.
C’est pas la situation le problème c’est l’existence.
Et les putain de moustiques aussi.

Et je parlerai pas des guêpes même si j’avoue j’ai ma part de responsabilité (« attends je vais te montrer le nid, t’inquiète elles dorment »… bilan 4 piqûres, un œdème et 2 jours sous cortisone)

Donc voilà. Ça tient à peu près…en partie car je me tiens à l’écart des humains et que je me refuse à m’intéresser de près à l’actualité.
Dès que je lis un truc d’ordre politique ou sociétal c’est un uppercut, parfois je me demande même si je suis pas tombée sur un bêtisier ou un gorafi un peu plus trash…

Une vague impression que le monde nous prend pour des cons ou veut nous nuire… Qu’il faut être une grande gueule qui doute de rien et écrase les autres pour survivre.
Qu’il faut se battre, s’imposer, paraître pour arriver quelque part… j’avoue que ça me donne pas envie d’entrer dans le Game.
Du coup je fais ce en quoi je crois à mon niveau en faisait abstraction de ce qui se joue plus “haut“.

Pour l’instant ça consiste à réduire mon indice de pénibilité, occire les larves de hannetons, quantifier la colorimétrie des tomates et le diamètre des concombres et faire des calculs de survie budgétaires essentiellement constitués de soustractions.
Si il y a un après on verra/ira plus loin.
J’ai aussi commencé à peindre une partie de ma façade en rouge. ROUGE.
C’est pas compliqué, sur le nuancier le rouge s’appelle « rouge signalisation » pas carmin, basque, geisha, coquelicot ou autre attrape couillon marketing. Pas de chichis. Ca annonce très littéralement la couleur.

Et je kiffe. (Ça met très en valeur mon décapsuleur aussi)
Sinon rien de dingue (mouarf). Une convalescence effrénée de l’intérieur mais qui ralentit le rythme pour revenir aux autres. Avec parcimonie à défaut d’harmonie.
Le monde dans son ensemble attendra un peu, pour l’instant je me contente de l’ambiance du microcosme qui est cool et plutôt apaisée.
En plus, une fois n’est pas coutume ici, on a la gagne (enfin bon, pas moi personnellement, mais je suis contente pour eux!), un bac, un bac français et même un code au palmarès des étapes normées pseudo obligatoires de la vie.
Sinon pour mieux comprendre la société et mes semblables (mouais) je participe depuis peu (ou plutôt “on m’enjoint à participer” dans le cadre d’une thérapie visant à rester en vie) à des ateliers de « sociabilisation par le jeu » qui me confirment ce que je sais déjà. J’ai pas la patience pour la lenteur, le bruit blanc génèré par les humains qui savent pas se taire me donne envie de tuer et ma condescendance a l’égard des gens n’a d’égal que ma propre autodenigration… donc en effet c’est mieux pour tout le monde si je me tiens à l’écart.
Et non, torpiller 12 personnes au petit bac ne me redonne absolument pas confiance en moi. Je crains au contraire que l’humanité soit vouée à disparaître. Enfin, disparetre vu le niveau du jeu…
Mais je n’exclue pas une possibilité d’évolution. L’histoire ne dit pas dans quel sens.

En attendant j’attends. C’est pas ce que je fais de mieux dans la vie mais le paysage est joli. Et la bande son tout à fait ok.
Si j’avais les moyens j’attendrais des choses concrètes, un voyage, un projet ou une envie à concrétiser, mais ce luxe là n’étant pas à ma portée j’attends juste de voir la suite, quelle qu’elle soit! En espérant que ce soit plutôt pas moche et que je galère pas trop pour amorcer la côte.
Et j’essaie de ne plus avoir peur des fantômes. Je les laisse redevenir les spectres de ce que qu’ils ont pu me faire vivre, je me concentre maintenant sur ce que je veux dans ma vie.
Pas de quoi envoyer une carte postale ou faire un carnet de voyage mais c’est mon périple estival intérieur. Ma petite staycation thérapeutique…

Et tant mieux si la destination est largement sous-cotée!