Long Time no see. Ou no reed plutôt ici. Mais comment raconter quand il n’y a rien à raconter. Quand ta vie c’est un brouillon que tu sais pas si tu vas conserver ou jeter.
Forcément il y a des trucs pas trop nuls, on s’emmerde pas a faire un brouillon si on compte rendre page blanche, mais je soupçonne un peu ma vie d’être hors sujet.
J’aurais peut être un ou deux points pour le style mais coté contenu on est clairement pas à niveau.
Déso j’ai pas compris l’énoncé. Je peux faire du coloriage à la place?
Segpa de la Life.
Serait-ce pertinent de mentionner ici que je redouble présentement mon atelier d’affirmation de soi? (Fichtre! Quelle surprise!)
On a beau se dire que c’est pas noté ça dit quand même un truc.
Les gens dont c’est le métier m’enjoignent globalement à créer mais je sais pas quoi faire avec quoi. Ma noirceur crée de la couleur mais qui génère encore plus de noirceur à mes yeux car ce n’est jamais assez bien/beau/abouti etc…
Ma maison est un brouillon pour des idées que je n’oserais pas en sortir.
C m’a appelé « la factrice jument » (t’as la réf?) pour les bizarreries décoratives qui s’amoncellent dans notre intérieur et commencent à envahir l’extérieur de la demeure du chaos familial.
Bientôt ça risque de se voir.
Or n’est pas Hundertwasser qui veut, et je me déteste de pas savoir faire mieux (que moi, pas que lui hein!)

Sinon ça va.
Un pied dans le cocktail expérimental de molécules, l’autre dans le réel, celui que j’arrive à me permettre. Et au milieu je trébuche et je me prends des dinosaures dans l’oeil (ne cherchez pas la métaphore, cet événement fut non seulement réel et ridicule mais aussi douloureux!).
Au milieu, j’essaie de faire de mon mieux. Un mieux qui ressemble beaucoup au pire ou au médiocre de toute personne lambda.

Je fais des calculs de survie économique avec que des moins, qui contrairement à la légende, accumulés ne font pas des plus (a part en stress, anxiété, insomnies, perte de perspectives et agios.)
Les plus sont dans la balance. Je gonfle et je me gonfle. La seule progression logique et mesurable de mon existence.
Je me médicamente pour désembourber mon cerveau, transformer mon énergie atomique en productivité, mais je n’ai aucun contrôle sur le résultat. Ni même sur le projet à vrai dire. C’est souvent aussi intense et complexe qu’inutile (avez vous déjà classé votre collection d’autocollants par thème? Ou vos pulls par humeur?). Parfois c’est drôle. Parfois non. Souvent ça prend des plombes et ça change rien à ta vie.
Je me cogne toujours beaucoup, malgré les efforts des profs d’activité physique adaptée qui ont pondu une méthode infaillible pour recouvrir l’équilibre mental par la rééducation du cerveau limbique grâce à l’activité du « ping pong sur un pied ». (Dans les faits je me suis mis ma propre balle dans l’œil puis j’ai pleuré, passant à côté du rééquilibrage escompté et perdant ce qui me restait d’estime de moi)… je prends des portes dans la tronche (au propre comme au figuré), je me perds, j’oublie, je me néglige (j’ai même pas racheté mon sérum au collagène aromazone) et mes quelques crises d’efficacité culinaire sont plus redoutées que mes oublis de faire à manger.
J’ai perdu mes 3 paires de lunettes de vue.
Bref…comme d’hab. mais des fois ça me fatigue de (me) raconter et de m’exposer ainsi. Sauf que j’ai fait ce choix là, de pas faire semblant, de dire, et de pas me vendre comme ce que je suis pas. (Comme quoi tu peux tout à fait sortir la fille du sentier même si elle y a grandi).
Je participerai pas au concours de vie.
Et d’une je suis pas qualifiée et de deux à tous les coups la médaille est moche.
Sentiment d’imposture et condescendance de diva. Le combo gagnant pour perdre à tous les coups.
Sachez juste que dans tout ça, à zéro moment je vous ai voulu du mal, ou nuire. Je fais juste ce que je peux. Et souvent c’est à côté, ou pas assez. Et je suis la première que ça gave.
Le work in progress est un gros chantier et le sol est instable.
Mais bon, après un été dans une bulle de couleurs (toute seule chez moi à colorier la maison, hormis les visites qui font du bien) j’accueille l’automne avec un certain enthousiasme. La normalisation de la dissimulation, le déclin général de la pression à sociabiliser, le repli sur soi saisonnalement acceptable, l’isolement raisonné…j’adhère.
J’adhère aux murs de ma bulle. Cette maison je m’y sens bien. Un cocon en béton fourré plaids et couettes et myriades de coussins colorés. Gros tapis, gros fauteuils, du mou et du doux et des safe spots partout et 3000 interrupteurs d’ampoules à basse intensité pour y voir juste assez mais pas trop.
Ce béton lui-même coulé dans un écrin de montagnes abruptes, de pentes raides, d’eau trop froide et de routes trop sinueuses pour le tourisme à la masse.
My own private twin peaks, avec la chambre de Punky Brewster. (et les cernes de Paul Presbois, mais ceci est une autre histoire).
Toujours quand même en sentiment de fond ce truc d’enfant perdue ou abandonnée, quelle ironie pour quelqu’un avec trop de parents.
J’ai repris aussi le chemin de la ville, pour les sourires au dessus des mousses, les décibels dans les spotlights, les fou-rires urbains des amis trop rarement à la campagne, les déambulations divagatoires qui sont une destination en soi et toujours pour les yeux qui pétillent. Être soi sur plusieurs terrains. Être soi à deux différemment selon le lieu. Se sentir renouvelée et renforcée à chaque trajet ferroviaire. S’apaiser dans la rythmicité d’un wagon qui tangue. Quel que soit le sens de destination.
C’est ainsi que jeudi dernier j’ai revu Jeffrey Lewis (et plein d’autres chouettes têtes) au Sonic. Grosse émotion de remettre les pieds en ce lieu, pour cet adepte de la noirceur en couleur, ce frère d’essayer de tirer des sourire avec ses névroses, cette âme sœur du tout dire même ce qu’on aime pas de nous, ce converti de la souffrance qui se raconte (et qui en fait des mélodies et des punchlines).
Ce gars il est intelligent, sensible et touchant avant même de prendre sa guitare. Mais pourrait il en être autrement d’un génie qui a su cartographier graphiquement toutes les chansons des Silver Jews?

Donc si vous écoutiez pas déjà, écoutez, mais surtout lisez ses paroles.
Sinon côté musique je suis pas mal restée bloquée sur la sincérité candide et anarchiste des Burning Hell dont la colère est douce et futée.
J’oscille pas mal aussi du côté de Wax Mannequin et, plus généralement de la Lo fi intimiste, souffreteuse et sarcastique. De la musique qui, dans sa simplicité acerbe et brute a sûrement plus une valeur cathartique et thérapeutique qu’acoustique (je préviens les puristes ou ceux qui ont fait du solfège.)
J’ai pas mal écouté en boucle the Non Prophets aussi et je me penche doucement sur Fiery Furnace.
J’ai aussi découvert le monde de l’anti folk khlezmer et j’y reviendrai sûrement ici!
Et j’ai retrouvé un rythme de lecture qui me fait moins honte même s’il restera toujours insuffisant. Pas d’épiphanie littéraire (sauf Richard Krawiec dont je distille les romans pour pas m’en saturer, ce Lars Von Triers du roman réaliste américain contemporain…) (https://www.editions-tusitala.org/richard-krawiec/) mais une succession de moments agréables engloutis avec plus ou moins d’avidité.
Beaucoup parlent de la mort, je ne sais pas si ça m’aide à percevoir qu’il reste de la vie en moi.
En tous cas j’ai toujours mal à la jambe, j’ai une coupure à l’index, un énorme hématome sur la cuisse et une écharde dans l’autre index, donc je sais que je suis là. Quelque part entre les répercussions algiques de mes lésions et blessures. Une présence en creux.
Une présence en aïe.
Mais une présence néanmoins. Et pour l’instant il faut faire avec.