Même pas malle

J’ai froid. Rien d’original. Surtout que c’est que le début.

Plus mon départ se précise et moins je m’organise. C’est de loin mon voyage le plus passif, sûrement car il s’est décidé sans moi… pourtant j’ai hâte de partir, de revoir E et de découvrir sa vie, en espérant pour lui que les kilomètres arrivent à le protéger de ses parents pas d’aplomb et de l’envahissement des ancêtres de deuxième rang…

Hâte aussi de voir de nouveaux lieux, de nouvelles têtes, et des têtes connues sympa, une nouvelle gamme de températures et sortir un peu la tête de ma vie… même si j’en emmène une partie avec moi.

Il va d’ailleurs falloir gérer ça… cette promiscuité familiale intensive… Je vais donc prévoir des vêtements chauds et de la petite monnaie pour pouvoir passer du temps dehors et me cafeiner dans les troquets au lieu de faire un remake de Shinning… finalement ce sera comme d’hab mais avec des accents Québécois et un damart.

En attendant j’ai plus qu’à me procurer 3 valises et des fringues à mettre dedans. Il m’a été dit que les jupes et collants résilles ça allait pas le faire, le Quechua modéré non plus… j’ai 10 jours pour me faire a l’idée des polaires et des grolles de bonhomme…puis à les trouver. Easy peasy.

En attendant il y a cette idée étrange que partir va résoudre des trucs… comme si un coup de pression atmosphérique allait me remettre les idées en place, comme si distance rimait avec solution(s), comme si être loin de tout allait alimenter mes neurones de nouvelles idées fraîches… alors que tout ce que je vais ramener ça va être des kilos en trop et, si je suis fidèle à ma tradition personnelle sûrement une ou deux blessures de voyage. (J’arbore encore fièrement sur le bras gauche ma fracture du gras edition Montreal 2019)

Alors voilà… et sinon ici ça stagne. L’appart j’ai plus envie de faire l’effort. Cet appartement et moi on s’est assez vus l’un et l’autre et on se reproche mutuellement de s’être fait vivre de la merde. Mon sommier pété pourrait pourtant argumenter qu’on y a parfois bien rigolé, mais j’ai quand même l’impression de monter dans un train fantôme à chaque fois que je passe la porte d’entrée. Pourtant cet appart a vu moins de sang que les autres… mais il a vu la tristesse, la colère et la lassitude. C’est déjà un peu trop.

En fait, pour que ca fonctionne il me faudrait une femme ET un mari. C’est fichtrement peu woke… mais peu importe qui fait quoi, je suis pas à cheval sur les gender roles du moment que ca fait le job. Même des parents, des vrais ça irait en fait. Il me manque tout ça au quotidien, l’organisation, la chaleur, le bricolage, la gestion du menu fretin organisationnel, la réassurance, et un peu de stabilité. Quelqu’un pour faire les courses et pour réparer mon putain de lave-vaisselle, quelqu’un pour gérer les rendez-vous et pour me dire que tout ira bien et m’inciter à me poser un peu car je suis en sécurité et je suis plus obligée de fuir.

En contrepartie je veux bien me charger de l’animation et de l’événementiel intra-familial et musical (je planche aussi sur des concepts pluridisciplinaires de type atelier tricot/zouk love et macramé/shibari… tout le monde pourra participer, je dois juste trouver des locaux).

Je crève d’envie de déménager, comme si ca allait offrir le reset nécessaire. Comme si faire le tri et planquer une vie dans des cartons ouvrait de nouvelles perspectives, comme si en allant tout foirer ailleurs ça allait être mieux…

Peut être pas.

Mais c’est un élan, un projet, une envie, et au moins ça change. Là tout est trop pareil depuis trop longtemps. Je crois que je change un peu, j’évolue sur des trucs, j’en comprends mieux d’autres, je me cherche, je me trouve, de plus en plus, mais autour de moi rien ne bouge et le décalage entre moi et la vie que je mène actuellement se creuse… je me dis qu’ailleurs tout sera nouveau et je m’en rendrai moins compte.

J’ai envie de dompter une nouvelle vie plus que d’apprendre de nouveaux tricks à ma vie toute pourrie qui tourne en rond dans sa cage.

J’ai besoin d’une piqûre d’adrénaline pour ressusciter, pas de multivitamines achetées au comptoir pour survivre.

Alors ailleurs ça semble forcément mieux qu’ici. J’ai toutefois bien conscience que c’est un ailleurs psychique que je cherche, plus qu’un ailleurs géographique, même si je dirais pas non à une jolie vue et des montagnes pas loin. Un dehors pour boire mon café et un dedans pour mettre tous mes livres au même endroit.

Quelque part ou je serais juste moi et pas l’ex de, la mère de (en deux mots), celle qui… une personne toute neuve… quelque part ou je pourrais trouver une utilité autre que faire rire mes potes et me foutre de la colle sur les doigts. Doigts qu’il faudrait que je me sorte en fait si je compte aller ou que ce soit…

Et au passage foutre un gros coup de lance-flamme sur mon petit univers et voir quoi de beau fabriquer avec les cendres.

Je suis à un garde-meuble près de changer de vie… (tout vider, tout trier, tout ranger, vendre, racheter -ou pas- puis partir…) y a plus qu’à… mais je vais commencer par faire mes valises et essayer de retrouver mon passeport car le Québec c’est tout bientôt.

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