(Pas de) compromis

On saura que le retour du soleil n’est pas forcément synonyme de beau fixe. Déjà beau et fixe à la fois je connais pas et en plus je sais même pas si c’est intéressant à vivre.

Alors l’herbe est verte (même si c’est toujours plus vert ailleurs), le soleil brille entre deux giboulées, les bourgeons bourgeonnent et les terrasses se remplissent mais je reste sombre et sobre. Plus les gens sortent et plus tout renaît et plus j’ai envie de tout cramer (mais avec toute cette sève qui monte et qui bouillonne comment veux tu?) et d’aller m’enterrer, pour rien donner de bon, comme une mauvaise graine.

J’œuvre d’ailleurs activement à cette disparition. Une disparition constructive qui va mettre de la distance avec a peu près tout sauf les fourmis auxquelles je suis allergique, les guêpes auxquelles je suis encore plus allergique, la terre qui jusque là n’a exercé sur moi qu’une fascination toute relative, la nature qui heureusement me plait bien, la ruralité dont je ne sais pas encore trop quoi penser, sûrement quelques limaces, et la solitude dans une maison qui va pourtant nécessairement avoir besoin de monde pour prendre forme. Sauf si j’apprends à bricoler, sauf si je prends du muscle et sauf si je passe mon permis en moins de 6 semaines. (Spoiler: on y est pas)

Donc voilà, j’ai signé mes compromis. Quel horrible concept que le compromis d’ailleurs. Mais me voilà prête à échanger le bitume pour la gadoue, Feyzin pour la centrale du Bugey, le Sonic et le Trokson pour les salles des fêtes et les soirées couscous-coinche du sou des écoles. (Trop super!)

Voilà, je vends et j’achète si tant est que personne ne se rétracte…la rétractation c’est pour les fragiles. (Dixit la femme yoyo)

Je suis pas fâchée d’aller m’isoler un peu.

En ce moment je suis fatiguée de l’image qu’on me renvoie. J’ai l’impression que quoi que je fasse, je reste calée dans les caricatures. Pour la famille c’est mouton noir irresponsable, pour le tout venant c’est la meuf hautaine et pas sympa qui ignore tout le monde, et pour qui s’approche un tant soit peu ça va être « la meuf perchée”, « la fille chelou », ou au mieux “ la planete”. Et ce genre de planète j’ai bien compris que ça donne pas envie de s’y poser. C’est plein d’aspérités et l’air y est sûrement irrespirable.

Des fois dans le regard des gens j’ai l’impression d’être Brigitte Fontaine mais sans le talent (mais avec les cheveux de Bodhi). (Ou de Brice de Nice)(en fait c’est Kurt Cobain mais voilà les gens comprennent jamais mes intentions stylistiques).

Et tout ça reste majoritairement et pour beaucoup la seule grille de lecture … la fille perchée sur sa branche pas stable. Ça arrange tout le monde. Souvent moi la première car j’en ai marre d’avoir à m’expliquer, y compris à moi même. J’ai de moins en moins envie de m’adapter ou d’avoir à justifier de ce que je suis ou ne suis pas. Ça devient relou à force, et un tantinet humiliant.

Mais plus t’es libre (ou détaché, c’est un peu l’étape d’avant) de tout, et plus tu prends les limites des autres en pleine tronche. Alors à quoi bon au final se défaire de ses fardeaux et de ses chimères et se déconstruire si les gens shootent dans les débris au lieu d’upcycler comme tout écolo-bobo qui se respecte.

Mes décisions, mes choix de vie, mes réflexions ou ma manière de voir les choses et d’y réfléchir viennent trop souvent s’inscrire dans le spectre de la bizarrerie ou du pas « normal »… le comment et le pourquoi des nuances derrière le cynisme et le sarcasme n’intéressent personne. Tout comme le fait qu’il puisse y avoir une sensibilité derrière toutes ces conneries. Mon rôle c’est d’amuser et de distraire, mon compliqué doit rester loufoque et ma complexité doit rester drôle et surtout légère.

Personne ne se pose la question du degré de souffrance nécessaire pour vivre comme si tout n’était qu’une vaste blague.

Car les gens comme moi c’est rigolo en soirée mais dans le privé il y a un côté pas facile à assumer. Qui m’a souvent renvoyé une impression de “pas montrable”, comme si je pouvais faire honte, ou donner une mauvaise image de la personne que j’accompagne. Un faire-dévaloir en quelque sorte. Peut être que je me trompe, mais pas de beaucoup. Je suis pas la fille qu’on présente à ses parents, même les parents des potes…. C’est quasi sûr que face à des « adultes » ou des inconnus je vais bafouiller, dire tout ce qu’il faut pas, assumer une culpabilité inexistante mais supputée, répondre à côté ou juste ne rien savoir répondre de futé ou faire la blague de trop. Je vais incarner sans broncher mon personnage de mauvaise influence comme le seul rôle possible pour moi… pratiquer avec panache l’auto-sabotage social plutôt que de tenter une quelconque fluidité dans le paraître… (qui échouerait soyons clairs)

Et mes contradictions jouent contre moi en permanence. La blonde écervelée qui vise la thèse, la cassos à qui le juge a octroyé l’unique responsabilité parentale, la TSA qui veut faire de l’événementiel, la cynique hypersensible, la citadine qui se barre au trou de balle du monde, la voyageuse qui a pas le permis, l’amie loyale qui sait pas décrocher un téléphone, la cancre qui chope des mentions, la fille «famille» qui parle plus à la sienne… et je peux continuer 3h. et même moi ça m’embrouille. Mais finalement on s’en fout. C’est le fond qui compte, sauf que la plongée c’est moins tendance que le vélo cargo ou le Beer yoga c’est clair.

En ce moment c’est pas facile. Je m’égare et je me fatigue dans ce marathon des distances entre mon fond et ma forme…mon tréfonds et ma très petite forme. Mon décalage tout tracé en forme de grosse rature.

Je pars donc exister ailleurs. Je défais un nid en préparant le suivant. J’emballe ce que je garde, je glane le reste en mode jeu de piste dans les puces et sur le bon coin… les poules boufferont les punaises de lit. Et le neuf ce sera du vieux. On est pas à une contradiction près.

Déjà que je pars pas avec une longueur d’avance… quand je vois les paperasses, les sommes, les décisions et la réflexion exigées pour le moindre truc… c’est assez vertigineux cette sensation de peur de se planter, de pas être apte, de ne pas être légitime ou de pas savoir faire. Je cherche en permanence le regard de l’adulte responsable et je suis terrifiée quand je réalise que c’est moi. Qu’il n’y a pas de filet de protection. Que je suis solo à prendre toutes ces décisions qui devraient prendre un comité, une assemblée ou au moins parfois juste un autre parent un peu éclairé.

Quelle vaste fumisterie. Il suffit de rester en vie les 18 ans qui suivent notre naissance pour avoir un pouvoir signataire et être autorisé à foutre sa vie et celle des autres en l’air en validant des bouts de papiers ou en omettant de se contracepter. Pas de permis, pas de code, pas de test d’aptitude, pas de mérite…c’est absolument dingue… et parfois ça se passe bien. Et c’est ça qui est sûrement encore plus dingue.

Dans tout ce merdier à moitié encartonné le seul truc que je retrouve souvent c’est un gros sentiment d’imposture et d’illégitimité… je vais finir pas croire que je suis même pas la bonne personne pour être moi. Ou quoi que ce soit d’autre. Tout me renvoie sans cesse que j’ai pas les qualifications requises, même quand je sais pas que je postule.

Pourtant je n’ai pas encore de casier, j’ai encore la garde des gosses et je suis pas encore sous tutelle (la notaire a d’ailleurs vérifié devant moi… j’ai choisi de pas me vexer) donc ouais… sous cet angle là on peut considérer que jusqu’ici tout va bien.

Je veux pas me vanter mais c’est sûrement dû au fait que j’ai su résister à pas mal de pulsions… notamment celle de tuer. (Ou de blesser très très fort). Comme quoi j’ai 2 ou 3 codes quand même. Mais des fois je me dis que jouer à la PS4 en prison et voir les gosses au parloir, ça diminuerait un peu ma charge mentale et ça me laisserait enfin du temps pour réfléchir à ma vie. Les bienfaits de la méditation carcérale…

Et c’est sûrement plus fun qu’une retraite végane dans un cloître. Mais bon on va pas repartir sur les retraites…(en criant fort, si possible avec l’accent stéphanois: a 60 ans! On a lutté pour la gagner on se battra pour la garder!)

Et sinon je suis pas trop dans un mood sortir en ce moment (a part pour piquer des verres à pinte pour mon trousseau apéro) mais j’ai vu Nick Wheeldon au Trokson et je suis repartie avec le sourire. Comme quoi les douleurs existentielles sont solubles dans la musique si celle-ci est bonne et si elle est forte. Et si en plus les paroliers sont des êtres sensibles et futés… que demande le peuple? (En Asmr: Macron démission!)

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