Cortisol et gravats

La démolition a commencé! Ceci n’est pas un énième débat sur la deconstruction mais l’annonce officielle du début des travaux de mon futur chez ouam.

On parle de ciment et de briquettes pas de reliquats de patriarcat même si on trouve clairement des deux sur un chantier. Surtout celui là…

Mais bon ça y est le départ approche… #jesuisdoryphore et je m’en va coloniser la campagne… la scélérate engeance de la guille débarque en terres bugistes…

J’étais pourtant une vraie citadine… malgré mes honteuses origines sudistes j’avais au fil des années réussi à acquérir les codes de la ville et une certaine crédibilité, notamment grâce à 5 ans de stage de it-girl à Londres où j’ai appris à utiliser un réseau de transports urbains chiadé, manger toutes sortes de choses à toutes sortes d’heures, rencontrer des gens chelou sans les juger ( … ou juste si peu! Mais c’était les 90s à l’époque c’était permis!) et changer de taf ou d’appart’ tous les 2 mois si le cœur m’en disait.

Je me considère donc comme urbaine, voire même über-urbaine. Je connais ma ville par cœur et j’en profite un max. Sur les derniers 7 ans on peut clairement dire que j’ai passé plus de temps dehors que dedans. J’ai, j’avoue même eu des périodes où j’ai eu du mal à me la rentrer tant je kiffais la vie nocturne, même si c’était juste pour marcher sous la pluie avec mon casque et regarder les lumières et les gens (qui souvent sont pas des lumières)… mais on sait tous bien qu’il y avait pas que ça… les concerts (beaucoup, beaucoup, souvent jusqu’à épuisement de mes binômes), les sorties avant ou après, le mal a dire non et la facilité de dire oui quand tout ce qui se passe de cool se passe littéralement à ta porte… ma seule contrainte c’était de faire des choix et de mettre mes pompes et je crois même que ça m’est arrivé de sortir (ou de rentrer… mais passons sur ce détail) sans.

N’oublions pas que j’ai eu l’adolescence perave et la maternité précoce et que j’ai quasiment une vie à rattraper… ajoutons à ça mon intuition ou mon angoisse de mort jeune et possiblement violente qui ne fait qu’accroître cet appétit de vivre, vite et beaucoup. Car la noirceur étrangement vient aussi nourrir la Lumiere vers laquelle je cours en permanence. Qui sait si j’arriverai à trouver une pièce ensoleillée ou j’arriverai enfin à me poser. Peut être que c’est enfin maintenant, ou peut être pas.

Quant à la vie urbaine je crois que la mienne etait saine. J’ai pas de SUV (j’avoue que ne pas avoir le permis m’a beaucoup aidée…), je trie et je composte mes déchets, et je n’ai jamais utilisé ubereat ni Uber tout court.

(Sauf une seule fois, j’avoue, pour revenir d’IKEA après un achat frénétique de plantes, dont la terre s’est d’ailleurs renversée dans le coffre… mais le chauffeur (Heidi, ça s’invente pat !) avait d’autres problèmes, notamment celui de sa femme qui refusait de coucher avec lui malgré le fait qu’il lui paye le restau et le ciné (on partait de loin!) … on a donc fait une séance de conseils conjugaux, rappel de base des grands principes de ce qui marche pas dans le patriarcat puis je suis rentrée attendre mes 5 étoiles.)

Bref… je m’apprête a quitter la Guillotière, ce quartier où j’avais une petite notoriété (hum…) et qui était vraiment sur mesure, tout pourri et tout fun, un peu dangereux mais pas craignos, incongru et parfois ridicule, pas forcément joli mais avec un certain charme er surtout plein de surprises … et c’est un peu un crève cœur.

Mais pourquoi partir alors?

Parce que si tout est trop facile comment garder les idées claires? parce que si tu as tout à portée de main comment garder le goût de la recherche ? Parce que si tous tes potes sont la comment trouver les nouvelles personnes que tu vas rencontrer? Parce que si tout est déjà fait comment créer quelque chose de nouveau?

Ben si je pars pas je saurai pas…

Et si ça se passe mal j’aurais au moins répondu à ces questions et rajouté des cordes d’incompétences à mon arc d’inaptitudes qui ressemble déjà à une harpe celtique… oyez oyez la vile mélodie de mes manquements et approximations.

Bon sinon cette semaine c’était génial! J’ai appris plein de trucs… c’était super polyvalent mais plutôt en nuances de stress. Un kaléidoscope de cortisol à travers la poussière de briquettes.

Le stress du temps car je me divise entre chantier, cartons et enfants (déso les amis, les loisirs et les amours faudra revenir plus tard…j’ai zilch créneaux).

Le stress des sous car dans ma situation les banques t’accordent pas un prêt de 5000 balles mais plutôt un découvert de 4000. Au final ça fait presque le même taf mais ça te renvoie juste pas la même image de toi même…

Le stress des travaux, quand la découverte d’un monde nouveau ne va pas forcément de pair avec émerveillement… quoi, comment ça des imprévus à 500 balles? Pardon mais qui était aveugle au moment du devis et des prévisions et a recouvré la vue trop peu trop tard quand on a ni le bon matos ni le bon timing ni le bon budget?

Et puis le stress de la tension, la mienne, l’intranquilite latente basique, qui oscille entre anxiété et yolo mais qui, je crois, reste majoritairement entre moi et moi (derrière un écran de fumée de blagues vaseuses), et celle qui arrive de l’extérieur (mais de l’intérieur du chantier et de son petit chef) et me fait revivre les meilleures heures de la maltraitance paternelle. Tu rentres chez toi épuisée, en larmes et merdique et comme tu as 4 décennies de tactiques de mise à distance, en prime tu te dis “ le pauvre c’est pas sa faute, il doit en chier”… (ah il y a du taf… et pas que sur le chantier!).

Se rajoute à ca l’appart livré à des ados plus ou moins laconiques dans l’orga, un déménagement qui va pas se faire tout seul, 15 personnes à loger et nourrir ce week end, des animaux farceurs, les insomnies, les tergiversations sentimentales et émotionnelles propres à la vie, la quarantaine et sûrement les 6 dernières années et les traces qu’elles ont laissé sur moi en bien comme en moins bien.

Je suis coincée dans un bouchon sur mon chemin de transition mais sans gps ni destination… je vais vers un truc et on sait pas quoi, et je suis coincée par des travaux. Ma vie c’est le perif!

Bref… ce qu’il y a de positif c’est que le soir j’ai ni le temps ni l’envie de boire…(du coup je garde mon capital hépatique intact pour l’été et le moment où je vais enfin en profiter)… A la fin de la journée, tout ce que je veux c’est m’écrouler et me vider la tête en y faisant entrer de la musique… Lambrini girls pour la rage joyeuse, Ryder thé Eagle pour le côté ringard crooner cool drôle, REM car admettons le c’est sous-côté, et cette bonne vieille PJ Harvey… j’ai pas trop le temps d’accoustico-glaner ces jours ci mais j’ai de quoi voir venir, quitte à ressortir les oldies.

Allez, hasta la revista, nique sa mere j’veux la Lumiere je pars chercher le vent clair et l’esprit serein… (pour l’instant encore au fond d’un train).

L’amour des chiens ça c’est fait…

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