Bien peu de choses…

Aujourd’hui, je suis à la guille. Dans mon ancienne vie, où, comme dans un village, je me promène, j’ai mes habitudes, je bois mon café, on connaît mon prénom, j’ai mes repères, je promène mon chien aux endroits qu’il aime, aux endroits que j’aime, je croise des tronches connues, un max de bobos mièvres et de hipsters ridicules, et largement trop de trottinettes électriques, tout est « normal ».

Ce qui est étrange, c’est de me dire que dans une vie parallèle, à 60 km et des patates ici, j’ai une autre vie, j’ai une maison avec un toit qui se dissout, j’ai des problèmes de devis avec des artisans relou, j’ai du « gazon » à tondre (ou plutôt à couper à la machette), j’ai des tomates de variétés étranges et bizarres qui poussent à moitié, des problèmes de gastéropodes avec des troubles boulimiques, des potes de comptoir aux prénoms pré-soixante huitards et je me réveille (presque) chaque matin dans un endroit où la gauche et l’écologie sont pas encore des choses acquises… voire même des choses pour lesquelles il faudra se battre (mais ceci est une autre histoire).

Et je me balade sur ce fil… à appartenir à rien.

À avoir de place nulle part..

Dans cette vie comme dans tout, j’ai toujours ce truc double, ce truc contraire… dont la somme fait un gros néant au lieu d’une pluvalue. (Il y a sûrement une faute car dans ma réalité j’utilise jamais ce mot en fait)

La bipolarite campagne et ville ça n’a jamais été un handicap…bien au contraire. C’est les autres extrêmes qui pêchent (passion truite!). J’ai la rage et l’inertie, une intelligence du type qui donne des crises d’angoisse et néanmoins la connerie abyssale, j’ai le cynisme décomplexé et la naïveté deconcertante, j’ai la noirceur et le sourire, j’ai envie (et parfois l’intention) de crever mais aussi un besoin viscéral de tout vivre ultra fort… et plus le temps passe moins je sais quoi faire de tout ça.

En grandissant j’empire. Plus je sais qui je suis moins ça a de sens. Plus je m’affirme et moins je capte ce que je fous là, plus j’apprends à me connaître et moins je me comprends.

Et je suis pas sûre de vraiment m’apprécier.

Pas pratique…

Alors parfois je fatigue. Je sature. Je rature le modèle et je m’extrais temporairement du concept de l’espoir et de l’espérance de vie.

Et puis bon… va savoir comment au final ça tient. Je suis toujours là. Cabossée, rayée, abîmée, fatiguée mais debout. Sort of.

Craquer est un luxe qu’il faut pouvoir se permettre et moi je suis dans le cumul des précarités. Alors si c’est pour finir dans une clinique sans vue sur le Mont-blanc, sans couloir de nage et avec en plus une chambre partagée plutôt crever que d’aller soigner mes pulsions suicidaires hein.

J’en suis au stade où je rate des concerts importants, en me détestant de tout mon cœur… et c’est con mais ça vient dire un truc un peu grave. Ça en tous cas chez moi c’est de la petite mort du style pas funky. Du signal alarmant discret.

Mais je suis vaguement encore là.

Être là me permet donc de me consacrer au crochet, à la couture, a la lecture, à la dissidence, a « rendre service » pour faire avancer d’autres projets que les miens, à découvrir l’histoire locale (de l’ère jurassique aux potins de la semaine dernière), à me dédier à la sous-culture et à la contre éducation de mes enfants. (Bilan cinématographique de la semaine, Requiem for a dream, les parapluies de Cherbourg -pas assez féministe pour la Z-, éléphant man, extinction of the species, l’inconnu du lac et the florida project … Daniel toscan du plantier t’en penses quoi chouchou?)

Un des seuls trucs qui m’apaise (outre les phéromones d’une de mes personnes préférées) c’est de passer du temps au jardin. Bêcher, pailler, planter, dégommer du mou baveux, observer, rectifier, tailler, repenser et juste profiter… observer une croissance verte et pleine de couleurs vives quand moi je stagne, je me rabougris (mais pas en largeur) et je me noircis.

J’avais acheté un rosier orange.

Hashtag tradwife mais emopunk quoi. (quoi que trucider des limaces c’est sûrement très métal!)

Alors j’ai moins écrit sur ce blog car j’avais rien à dire. Et je téléphone (enfin je décroche pas, ceux qui savent savent) plus aux gens que j’aime à peu près pour la même raison. Et je sors moins car je me supporte plus alors je m’inflige moins aux autres. Car je supporte plus ce que ça me renvoie aussi. Comment accepter un regard, un retour, des interactions sur une personne qui n’est pas ce que je suis. Le double en volume mais la moitié en âme, et offrir ça en pâture comme base sociale sur laquelle on va être jugée, jaugée et quantifiée..,tout est faussé. Tout est faux, fake, factice.

Et j’ai plus vraiment de projets perso car je n’existe plus vraiment pour moi. Et tout s’effondre lentement mais la vie des autres continue et tant mieux. Je les regarde de plus en plus loin. Comme les diapos des autres d’une destination de vacances trop chère ou trop loin. Et qui ne m’intéresse que moyennement.

Moi je suis sur pause, on verra plus tard.

Alors voilà des nouvelles.

Je suis vivante. Je suis bronzée. Si vous me croisez j’aurai sûrement le sourire et peut être même des paillettes sur le visage. Je serai probablement là pour vous en toute sincérité dans la mesure de mes capacités. Mais je n’habite plus vraiment dedans pour l’instant.

On verra si l’été me ramène à moi ou m’emmènera plus loin. Je me laisse porter sans grande curiosité.

Je retourne contempler l’ampleur de la tâche qui m’incombe dans les travaux de finition que j’arrive pas à finir et l’intendance de choses qui me dépassent… mais en musique, au moins un peu, toujours.

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